Dioncouna reste à son poste jusqu’aux élections générales

Le président de la République, dont le mandat intérimaire devait s’achever le 26 avril prochain, le gouvernement, l’Assemblée nationale resteront en place  jusqu’à l’installation des institutions issues des élections générales annoncées avant la fin du 31 juillet 2013. Telle est l’une des principales décisions prises par le 42ème sommet de la CEDEAO qui vient de se tenir les 27 et 28 février  à Yamoussoukro, capitale politique de la Côte d’Ivoire. Au surplus, une mise en garde sévère est adressée  à tous fauteurs de troubles, civils et militaires qui, par leurs agissements, tenteraient de compromettre le retour à la normalité politique. Autres recommandations fortes formulées par le sommet : l’armée malienne doit être déployée sur l’ensemble du territoire national et le MNLA ne peut accéder à un processus de dialogue que s’il est désarmé et renonce à la violence et à son projet sécessionniste.dioncounda traore alassane dramane ouattara ado cedeao 

Nous l’avions annoncée dans notre édition du mardi 25 février, parue la veille de l’ouverture du 42ème sommet de la CEDEAO qui a pris fin hier jeudi 28 février à Yamoussoukro:  l’un des faits marquants de ces assises devait être la deuxième prorogation de l’intérim du Pr Dioncounda Traoré, la première de douze mois qui lui avait été accordée par l’organisation sous-régionale arrivant à expiration le 26 avril prochain. Alors que  les élections pour désigner un nouveau président de la République et mettre en place une nouvelle Assemblée nationale ne seront pas effectives avant le 31 juillet, dans l’hypothèse la plus optimiste.

Cette information a été confirmée hier : les 13 des 15 chefs d’Etat présents dans la capitale politique de Côte d’Ivoire (le Bénin s’était fait représenter à un niveau ministériel et le Cap Vert par un ambassadeur) ont « décidé de proroger le mandat des organes de transition jusqu’à la fin de la transition et ce, conformément à l’avis de la Cour Constitutionnelle. A cette fin, ils exhortent les autorités maliennes à envisager le processus constitutionnel nécessaire « .

Cette décision est loin d’être superfétatoire. On se rappelle que les 9 et 10 janvier dernier, la COPAM avait fait sortir dans les rues de Bamako et Kati des groupuscules d’excités pour tenter de « chasser du pouvoir » Dioncounda Traoré alors même que les jihadistes attaquaient Konnan, avec l’intention évidente de s’emparer du verrou stratégique  qu’est la base militaire de Sévaré. Sa prise eût signifié la fin de l’Etat malien dans la forme que nous lui connaissons actuellement.  Les chefs d’Etat et de gouvernement de la CEDEAO ont conscience que la menace plane toujours sur les organes de la transition (président de la République intérimaire, gouvernement, Assemblée nationale). Aussi, ont-ils tenu non seulement à faire savoir que lesdits organes gardent leur totale confiance et agissent avec leur «  mandat  » mais aussi qu’ils ne toléreront qu’aucune entrave soit faite à leur action dans la mission à eux assignée.

Le point 23 du communiqué final qui a sanctionné les travaux est explicite à cet égard : « La conférence réitère son soutien ferme à la transition en cours et aux autorités de la transition dirigée par le président Dioncounda Traoré et exprime sa détermination à défendre la transition contre tous fauteurs de troubles, civils ou militaires « .

Voila qui est clair et devrait encourager les organes de la transition à conduire leurs taches avec plus de sérénité. D’où la satisfaction exprimée par des membres de la délégation malienne : « La CEDEAO se devait d’affirmer d’une voix forte et sans ambages que la transition continue tant que des autorités légalement élues ne sont pas en place. Elle devait lever toute ambigüité et lancer une mise en garde aux irréductibles de la subversion. Ils doivent cesser leurs agitations, permettre au pays de retrouver la paix, de renouer avec la démocratie par des élections transparentes et apaisées et de se réconcilier avec le monde « .

Autre sujet sur lequel la prise de position de la CEDEAO a apporté un grand soulagement à la partie malienne : la Conférence a rappelé son attachement à l’unité et à l’intégrité du Mali qui  » exige en particulier le déploiement de l’armée malienne sur l’ensemble du pays « . En outre, elle a réclamé « le  désarmement de tous les groupes armés, notamment le MNLA « . Elle a précisé que  » la renonciation du MNLA à la violence et à son projet sécessionniste est une condition minimale à remplir avant son acceptation dans tout processus de dialogue « .

De leur côté, les autorités de la transition sont  » exhortées à créer les conditions nécessaires pour la tenue d’un forum de dialogue sur les questions de gouvernance entre les populations des régions du nord en impliquant notamment les représentants des différentes communautés, les élus et les organisations de la société civile « . Dans ce contexte elles sont appelées à accélérer  la mise en place de la Commission Nationale de Réconciliation et de Dialogue annoncée par Dioncounda Traoré dans le message qu’il a délivré à la nation, le 29 juillet 2012, au retour de son long exil médical parisien. Laquelle Commission a vocation à promouvoir, «à travers la plus grande représentation possible, la réconciliation nationale et la restauration d’une paix durable».

Concernant la situation sécuritaire au Nord Mali, le sommet de Yamoussoukro a condamné les attentats suicides et les actes de guérilla auxquels se livrent les jihadistes en désarroi. Il a demandé aux forces alliées d’y mettre un terme, par une contre offensive appropriée, et d’engager «  des poursuites  » contre leurs auteurs.

Les gouvernements français et tchadien ont eu droit à « la profonde gratitude » de la CEDEAO pour leur action salvatrice au nord du Mali et les sacrifices consentis (le Tchad a perdu à ce jour 27 soldats et 50 autres ont été blessés).

De recommandations ont été faites pour une meilleure coordination des activités de la MISMA, la prise en charge sans délai de ses besoins, notamment pour ce qui est du déploiement des troupes et de la fourniture  de logistiques additionnelles.

Le respect scrupuleux des droits humains et du droit international humanitaire par les forces alliées dans le cadre de leurs opérations a été vivement demandé. A cet égard, le sommet s’est réjoui des initiatives engagées par la CEDEAO, l’UA et d’autres partenaires de déployer rapidement des observateurs des droits de l’homme dans la zone de conflit et de former le personnel de la MISMA aux valeurs relatives au droit humanitaire.

Enfin, les chefs d’Etat «ont instruit la Commission de la CEDEAO d’adresser une requête aux Nations Unies pour soutenir la demande formelle du Mali de transformer la MISMA en opération de paix onusienne avec un mandat approprié, dès que les conditions le permettront». C’est-à-dire, dans l’esprit des autorités maliennes, une fois que les repaires des jihadistes auront été nettoyés et les groupes de rebelles et de narcotrafiquants neutralisés ou anéantis. Nous y reviendrons dans notre édition de lundi.

Notre envoyé spécial à Yamoussoukro, Saouti Haïdara

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