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Didier Dacko, général malien: «Nous allons respecter la résolution des Nations unies»

Dimanche, se tiendra à Bamako un sommet extraordinaire des pays du G5 Sahel, en présence d’Emmanuel Macron, qui marquera le lancement effectif de cette force antiterroriste conjointe du Mali, de la Mauritanie, du Niger, du Tchad et du Burkina Faso. La création de cette unité, avec un effectif annoncé de 5000 hommes, a été saluée la semaine passée dans une résolution du conseil de sécurité de l’ONU. A quoi va-t-elle ressembler? Quelle sera sa stratégie? Le général malien Didier Dacko, nommé au début du mois commandant de cette force conjointe, est l’invité de Laura Martel.

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RFI : Le Conseil de sécurité de l’ONU a adopté la résolution qui salue la Force du G5, mais sans le chapitre 7 sur l’usage de la force. Est-ce que pour vous, cela peut être une entrave à sa mise en place concrète et l’accomplissement de sa mission ?

Général Didier Dacko : De toute façon, nous allons respecter la résolution des Nations unies qui autorise le déploiement de la Force [G5] et dire que le non-emploi de la force va entraver la mise en place de la Force [G5], je ne pense pas fondamentalement dans la mesure où la lutte contre le terrorisme n’est pas exclusivement du ressort de la force. Donc le fait déjà que la Force soit sur place, et qu’elle soit déployée, peut déjà constituer un élément important dans le cadre de la lutte contre le terrorisme. L’entente entre les pays est assez forte. C’est dû au fait que du point de vue culturel, nos pays se ressemblent, et du point de vue d’interopérabilité militaire, c’est exactement la même chose. Les militaires se connectent de plus en plus et il y a eu beaucoup d’interactions entre les militaires du G5 Sahel. Et nous comptons capitaliser réellement sur ça dans le cadre des missions qui seront données à la force conjointe du G5 Sahel.

On sait que les Etats-Unis, la Grande-Bretagne ont un peu trainé les pieds sur cette résolution. Est-ce que vous êtes déçu de ce manque de soutien ?

Pas déçu. Je me dis que, certainement, que les Etats-Unis, la Grande-Bretagne doutent un peu de la capacité ou de la possibilité de cette Force conjointe. En réalité, c’est un mécanisme tout nouveau. Moi particulièrement, je demeure confiant. Et je pense qu’avec la volonté des chefs d’Etat et particulièrement la volonté des chefs d’état-major des pays du G5 Sahel dont je faisais partie il y a quelques moments, c’est assez poignant pour faire avancer cette Force. Nous sommes convaincus que si nous leur montrons réellement notre volonté, et la possibilité que des actions puissent être menées dans le cadre du G5 Sahel, nous pensons qu’ils pourront peut-être nous accompagner en cours de route.

Il s’agit en fait de renforcer, d’élargir des missions conjointes qui existent finalement déjà ?

Oui, la différence entre ces opérations qui existent déjà et ce que vont être ces actions dans le cas de la Force conjointe, c’est la centralisation du commandement au niveau de l’exécution de ces missions dans les zones frontalières qui constituent d’ailleurs les zones de prédilection des groupes terroristes et pics de crimes transfrontaliers. Les forces travailleront essentiellement sur leur territoire national en conjonction avec les forces voisines. La différence fondamentale que l’on puisse percevoir par rapport à ce qui s’est passé avant, c’est que le contact et l’interopérabilité entre ces forces seront beaucoup plus accentués sur la zone frontalière.

Et comment allez-vous répartir les efforts entre les pays ? On sait que l’objectif, c’est 5 000 hommes en matière d’efforts de troupes, en matière de commandement, en matière de base de la Force ?

Cela demande encore des travaux d’état-major pour pouvoir préciser quel est le volume de la Force à déployer pour chaque pays et à quel endroit ces forces devront être déployées. Et des travaux sont en cours par rapport à cela. On sait déjà que le poste de commandement sera basé à Sévaré. On sait qu’il y a aussi des postes de commandement secondaires qui seront basés au Niger, au Tchad et puis en Mauritanie.

Ces forces qui doivent constituer la Force Sahel sont-elles déjà disponibles ou vont-elles nécessiter un délai pour être mises en place ?

Elles vont nécessairement nécessiter un délai, mais ce n’est pas un délai en termes de recrutement de nouvelles forces. Ce sont des forces qui existent déjà au niveau de nos différents Etats et il suffit de les identifier et de les passer sous commandement du G5 Sahel. Les délais dépendront du nombre de troupes que nos différents Etats ont sur les différentes zones frontalières et le délai de déploiement des forces qui ne sont pas sur place et qui devront rejoindre les zones d’opération qui sont dédiées à la Force conjointe du G5 Sahel. Déjà, nous entamons les travaux et les activités pour opérationnaliser la Force. Nous pourrons dire que c’est réellement très vite que nous voulons que la Force soit opérationnelle et qu’elle puisse commencer ses activités.

Le président Idriss Déby a dit qu’il ne pouvait être partout, c’est-à-dire pas à la fois dans la Minusma et en plus déployer 2 000 hommes pour le G5. Est-ce que ça vous inquiète qu’il doive au moins retirer une partie de ses troupes de l’une ou de l’autre ?

Non, nous ne sommes pas inquiets de ce point de vue par rapport à la Force conjointe du G5 Sahel. Cette Force est une volonté des chefs d’Etat. De ce point de vue, nous comptons sur la participation de tout le monde. Au niveau du Tchad, il y a certainement des problèmes d’effectifs à déployer, des forces partout. Mais dans le cadre de la lutte antiterrorisme, nous sommes convaincus que le président Déby nous accompagnera.

Pour soutenir cette Force, est-ce que vous envisagez d’intégrer certains groupes d’autodéfense ? On a vu que récemment vers la zone de Ménaka, la force française Barkhane a collaboré avec le Groupe d’autodéfense touareg des Imerades et alliés (Gatia) et avec le Mouvement pour le salut de l’Azawad (MSA) de Moussa Ag Acharatoumane.

Ceci n’est pas pour le moment à l’ordre du jour. Mais cependant, toutes les bonnes volontés qui voudront s’associer à la Force conjointe en termes d’appui renseignement ou d’autres types dans le cadre de la lutte contre le terrorisme seront les bienvenues. Mais cela ne voudra pas dire qu’il y aura une action directe et intégrée des groupes d’autodéfense dans le cadre des activités de la Force conjointe du G5 Sahel.

Est-ce que le soutien français, on le sait, la mise en place de cette Force G5 Sahel ne présage pas un retrait justement des forces françaises de cette zone sahélienne ?

Je ne pense pas. Ce n’est pas la manière de voir la chose. Nous pensons quand même que la présence de Barkhane, la présence de la Minusma demeurent toujours nécessaires. Et j’ose croire que c’est le même point de vue des forces françaises. Vous savez, la force de la Minusma est circonscrite dans le périmètre territorial du Mali et Barkhane, qui s’étend du Tchad en Mauritanie, avec l’effectif qu’ils ont, vous vous rendez compte que les dimensions sont énormes pour cette force. Et le fait d’avoir la Force conjointe du G5 Sahel sur les zones frontalières peut contribuer à améliorer les prestations de Barkhane également. Donc Barkhane, Minusma, Force conjointe du G5 Sahel, ce sont toutes des forces complémentaires dans le cadre de la lutte contre le terrorisme. Il n’est nullement question que la Force conjointe du G5 Sahel remplace la force de la Minusma ou la force Barkhane. C’est beaucoup plus des complémentarités entre ces forces que nous attendons.

Par RFI Publié le 30-06-2017

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