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Dépenses militaires et importations d’armes dans cinq états ouest-africains à savoir le Burkina Faso, la Cote d’ivoire, le Mali, le Niger et le Sénégal

L’analyse du Groupe de recherche et d’information sur la paix et la sécurité (GRIP)

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Dans une note d’une quinzaine de pages, le Groupe de recherche et d’information sur la paix et la sécurité (GRIP) montre l’évolution des dépenses militaires et des achats d’armement majeur de ces cinq États ouest africains sur une période d’une dizaine d’années. Il s’interroge également sur le bien-fondé de l’affectation d’importantes ressources à la machine militaire, notamment en comparant les montants qu’elle reçoit du PIB et aux dépenses en matière de santé et d’éducation de chacun de ces pays.

 

La note est consacrée à l’évolution des dépenses militaires et aux achats d’armes de la dernière décennie de cinq pays francophones d’Afrique de l’Ouest : le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, le Mali, le Niger et le Sénégal. Aucun de ces pays ne peut être considéré comme une grande puissance, mais la plupart d’entre eux ont récemment choisi la voie d’un net renforcement de leur potentiel militaire, apparemment en riposte aux menaces terroristes et sécessionnistes qui secouent la sous-région. Sans trancher sur le bien-fondé d’une réponse militaire à ce type de menaces, la note tente de fournir un éclairage sur la quantité de ressources affectées à la défense et la sécurité, en les comparant dans la durée et au regard des dépenses affectées aux besoins sociaux des populations de ces pays.

À l’exception du Nigeria, les pays d’Afrique de l’Ouest relativement peu peuplés et dont les PIB demeurent modestes malgré une forte croissance ne brillent pas par leur puissance militaire. Pourtant, comme l’ensemble des pays de la planète, ils disposent d’une armée à laquelle ils affectent une partie de leurs ressources, servant notamment à l’entretien de leurs forces armées et à l’achat d’armement. Étant donné les événements récents dans la région et leur position géostratégique, il n’est donc pas étonnant que leurs dépenses militaires soient globalement en hausse et que leurs arsenaux soient renouvelés et renforcés.  Cette note du GRIP examine les cinq pays d’Afrique de l’Ouest, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, le Mali, le Niger et le Sénégal qui ont plusieurs points communs. Limitrophes l’un de l’autre, ils sont tous d’anciennes colonies françaises et ont conservé des liens étroits avec leur ancien colonisateur, notamment sur le plan monétaire, à savoir l’utilisation du franc CFA et dans le domaine militaire la présence de troupes françaises. Ils ne présentent pas de grandes disparités démographiques, le plus peuplé étant la Côte d’Ivoire (20,8 millions d’habitants et le moins peuplé le Sénégal avec 14,5 millions. Ensemble, ils occupent un peu plus de la moitié de la superficie de l’Afrique de l’Ouest.

Le Burkina Faso

Les dépenses militaires burkinabé se caractérisent surtout par une nette augmentation en 2014. C’est vers la fin de cette année (2014) qu’un changement de régime est intervenu, Blaise Compaoré étant renversé par une révolte populaire en octobre. Ici, les chiffres de l’IISS révèlent que les dépenses militaires de 2015 (151 millions USD) étaient en légère baisse par rapport à celles de 2014, soit 159 millions USD), ce qui pourrait indiquer une tendance au tassement des dépenses militaires après le renversement de Compaoré. Selon le politologue burkinabé Maxime Somda, cette tendance à la baisse depuis 2014 est très nette : il l’évalue à  40 % en 2015 et même à 60 % en 2016 (par rapport à 2014). La principale raison en serait la dissolution de l’unité d’élite du Régiment de sécurité présidentielle4, qui absorbait près de la moitié des dépenses militaires.

Par ailleurs, notons que le Burkina Faso est le plus mal classé des cinq pays étudiés en ce qui concerne le risque de corruption dans le domaine de la défense, figurant dans la catégorie de pays avec un index de risque « critique », alors que les quatre autres pays sont classés parmi ceux ayant un risque « très haut ».

 

La Côte d’Ivoire

Après avoir décru en 2010 et 2011, les dépenses militaires ivoiriennes sont reparties à la hausse en 2012. Ceci est a priori étonnant car on serait enclin à croire qu’un pays qui sort d’un conflit, en l’occurrence la longue crise politico-militaire de 2002 à 2011, a tendance à réduire ses dépenses militaires. Cependant, la sortie de crise, consécutive à l’arrestation et l’extradition de l’ancien président Laurent Gbagbo, ainsi que le retour à une certaine normalité ont permis un redémarrage économique du pays, une envolée de son PIB et donc des recettes de l’État. Ce qui pourrait justifier l’augmentation des dépenses militaires.

Il faut noter une forte divergence entre les chiffres, exprimés en dollars courants de 2015, de l’IISS (846 millions) et du SIPRI (465 millions). La seule explication est que, dans ce cas, l’IISS précise que, outre les dépenses de défense, son évaluation inclut celles relatives à « l’ordre et la sécurité ».

Par ailleurs, selon le SIPRI, avec un montant de 21,2 USD (courants), la Côte d’Ivoire était, en 2014, le pays ayant les dépenses militaires per capita les plus élevées d’Afrique de l’Ouest, après la Mauritanie.

Concernant la période 2016-2020, la presse ivoirienne a annoncé, en décembre 2015, l’adoption par le gouvernement d’une loi de programmation militaire « dotée d’un budget de 2 254 milliards F CFA » (soit environ 745 millions USD par an) afin de permettre au pays de se doter d’une « armée moderne et aguerrie ».

Selon l’analyste ivoirienne Michèle Pépé, les autorités invoquent également le besoin de rééquiper les forces armées après la crise postélectorale, en lien avec la réforme du secteur de la défense et de la sécurité. Il y a aussi la nécessité de sécuriser les frontières, en particulier celles situées à l’ouest du pays, une région instable où sont actifs divers groupes armés  et enfin la lutte contre le terrorisme.

Notons que cette loi de programmation militaire, qui n’inclut pas les dépenses de sécurité intérieure puisque cette dernière fait l’objet d’une loi distincte, a été adoptée à l’unanimité par le parlement ivoirien le 11 janvier 2016. Malgré quelques réactions critiques d’internautes, son adoption ne semble pas avoir déclenché de réelle contestation d’une tendance qui semble confirmer une progression constante des dépenses militaires ivoiriennes.

 

Le Mali

Après plusieurs années de faibles variations des dépenses militaires maliennes, celles-ci ont fortement augmenté en 2014 et en 2015. Bien que, selon l’IISS, ce changement de tendance date déjà de 2013, nous pouvons en conclure que, si la conquête des deux-tiers du territoire malien par des groupes armés islamistes et tribaux en 2012 n’a pas été suivie d’une augmentation des dépenses militaires, la tentative de reprise de contrôle du Nord-Mali, entamée l’année suivante et non achevée à ce jour, semble bien s’être traduite par une forte croissance du budget alloué à la défense.

Comme dans le cas de la Côte d’Ivoire, les chiffres de l’IISS pour le Mali, qui incluent à la fois les budgets de la Défense et de l’Intérieur (469 millions USD), sont plus élevés que ceux du SIPRI (309 millions USD), du moins en ce qui concerne l’année 2015 (en dollar). Par ailleurs, notons que les chiffres de dépenses militaires maliennes par habitant révèlent, selon le SIPRI, une progression de près de 40 % entre 2014 et 2015 (de 13,8 à 19 USD, en dollars de ces années. La presse malienne dénonce depuis des années la corruption et les détournements de fonds entourant le budget de la Défense13, phénomènes qui expliqueraient au moins partiellement la débâcle subie par l’armée en 2012 face aux mouvements djihadistes et touareg. Ces pratiques seraient loin d’être éradiquées, en tout cas pas selon l’opposition politique malienne.

Le Niger

À leur lecture des chiffres disponibles entre 2008 et 2012, les dépenses militaires nigériennes seraient les plus faibles des cinq pays étudiés, s’élevant à 73,1 millions USD en 2012.

En se basant sur les chiffres les plus récents de l’IISS, qui indiquent des dépenses pratiquement identiques entre 2012 et 2014, il ne semble pas que la menace d’un débordement de l’instabilité régnant dans plusieurs pays voisins comme le Mali, la Libye et le Nigeria, se soit accompagnée d’une hausse importante des dépenses militaires. Relevons aussi que, en mai 2015, le Parlement a approuvé une augmentation du budget de l’État pour l’année 2015. Sur un nouveau budget de 1 732 milliards CFA, on apprenait qu’environ 33 milliards seraient « alloués à la défense et à la sécurité ». Cependant, selon l’analyste militaire français, Laurent Touchard, le budget militaire a explosé depuis 2012, pour atteindre 200 millions USD en 2014, soit près du triple que le chiffre avancé par l’IISS.

Le Sénégal

Sur dix ans, les dépenses militaires sénégalaises se caractérisent par de légères variations annuelles, aboutissant à une augmentation globale modérée. Cette tendance est sans doute le signe d’une certaine stabilité politique, mais aussi de l’absence de menace externe ou interne directe, à l’exception du conflit « de basse intensité » casamançais. Relevons également que l’IISS donne un chiffre quasi-identique à celui du SIPRI pour les dépenses militaires de l’année 2015, exprimées.

Cependant, c’est en invoquant une « menace djihadiste » que, le 25 novembre 2015, l’Assemblée nationale sénégalaise a adopté, sans débat, un budget du ministère des Forces armées porté à 150,78 milliards F CFA pour 2016, soit une augmentation de 18,5 % par rapport à l’année précédente ou encore 244,7 millions USD. Il semble donc que, à l’instar des autres pays étudiés, sauf le Burkina Faso, le Sénégal soit en train d’augmenter assez nettement ses dépenses militaires.

En somme il faut retenir que le commerce des armes dénote un certain degré de dépendance des acheteurs envers leurs fournisseurs. De l’examen des chiffres du SIPRI, il ressort que le Burkina Faso dépend surtout du Brésil pour ses importations, le Mali de la Bulgarie, le Niger des États-Unis et la Côte d’Ivoire, comme le Sénégal, de la France. Si l’on agglomère ces chiffres, le principal fournisseur des cinq pays étudiés est la France, suivie de l’Afrique du Sud, de la Bulgarie et de la Russie.  Par « blocs », le marché est dominé par les pays de l’OTAN, suivis des « BRICS », le reste étant contrôlé par d’autres pays d’Europe, principalement l’Ukraine et d’Asie, particulièrement l’Indonésie.

Source : GRIP

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