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Congo : le principal opposant, positif au Covid-19, décédé

ÉVÉNEMENT. Évacué d’urgence de Brazzaville dimanche, Guy-Brice Parfait Kolélas était apparu malade, mais motivé dans une vidéo où il appelait ses partisans à voter.

opposant Guy-Brice Parfait Kolélas, principal rival du président sortant Denis Sassou Nguesso ce dimanche à l’élection au Congo-Brazzaville, serait décédé à son arrivée à Paris où il avait été évacué ce dimanche. L’information a été transmise en pleine nuit au Point Afrique par Jean-Jacques Serge Yombi, vice-président du Rassemblement pour la Démocratie et le Dévelopement (RDD) qui a signé le 27 février un accord d’alliance avec l’Union des Démocrates Humanistes (UDH-Yuki). Testé positif au Covid-19, il avait affirmé dans un message vidéo émouvant diffusé samedi, la veille du scrutin, « se battre contre la mort ». Guy-Brice Parfait Kolélas, 60 ans, « a été testé positif au Covid-19 hier (vendredi) après-midi », avait indiqué son directeur de campagne Cyr Mayanda ce samedi. Un avion a décollé de France pour son évacuation vers Paris qui devrait avoir lieu « dimanche matin », avait-il ajouté. Vendredi, le candidat n’avait pas pu animer son dernier meeting de campagne à Brazzaville, avait constaté des journalistes sur place dont l’AFP.

« Battez-vous, pour votre changement »

« Mes chers compatriotes, je me bats contre la mort, mais cependant, je vous demande de vous lever. Allez voter pour le changement. Je ne me serais pas battu pour rien », avait indiqué dans cette cette vidéo Guy-Brice Parfait Kolélas, « Pako », pour les intimes. Alité, affaibli, il s’était exprimé en retirant pour les besoins de son message son masque d’assistance respiratoire. « Levez-vous comme un seul homme. Faites-moi plaisir. Je me bats sur mon lit de mort. Vous aussi, battez-vous, pour votre changement. Il y va de l’avenir de vos enfants », ajoute-t-il, avant de remettre son masque, à la fin de cette vidéo datée de vendredi.

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Parfait Kolélas, seul vrai rival de Sassou Nguesso dans cette présidentielle

Opposant historique, Guy-Brice Parfait Kolelas, 60 ans, économiste entré en politique sur les conseils de son père, Bernard Kolélas, disparu en 2009 après avoir lutté contre le colonialisme et tous les régimes qui ont dirigé le Congo après son indépendance en 1960, est arrivé deuxième du scrutin de 2016 derrière le président Sassou Nguesso, selon des résultats contestés par une violente rébellion dans son fief du Pool (sud de Brazzaville) à l’époque. Il est apparu cette année comme le seul vrai rival du président sortant, 77 ans, dont 36 au pouvoir, qui ne cache pas sa volonté de se faire réélire dès le premier tour dimanche. Ses adversaires et la société civile ont déjà mis en cause la transparence du scrutin, même si la campagne s’est déroulée dans le calme. Kolélas s’est largement appuyé sur sa « base électorale » constituée des membres de la communauté lari habitant la région du Pool (Sud) et les quartiers sud de Brazzaville.

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Un retour au Congo après quelques années en France

Avec la disparition de Parfait Kolélas, c’est un rêve fort d’alternance au Congo qui s’en va avec celui qui avait obtenu en 1987 un diplôme de troisième cycle d’études supérieures spécialisées (DESS) en économie et gestion des transports internationaux à Mulhouse-Colmar (Université de Haute-Alsace), en France. En 1993, il avait décroché un doctorat en économie. Il avait ensuite enseigné dans des universités françaises avant de rentrer au pays où il a travaillé au ministère de l’Administration du territoire. En 1997, son père Bernard Kolélas est nommé Premier ministre par Pascal Lissouba, et sa milice prête main-forte à celle du chef de l’État qui affronte dans Brazzaville les miliciens de Denis Sassou Nguesso. Soutenu notamment par l’Angola, Sassou Nguesso sort vainqueur de la guerre et s’installe au pouvoir.

Parfait Kolélas, un parcours politique sur les traces de son père

Bernard Kolélas est contraint à l’exil au Mali avec sa famille, dont Guy-Brice Parfait Kolélas, son quatrième fils. « C’est en plein exil que mon père m’a demandé de poursuivre le combat politique. Il ne l’a dit qu’à moi, pas aux autres, alors que nous [étions] douze frères et sœurs », a affirmé Parfait Kolélas lors d’un récent meeting. Parfait Kolélas retourne au pays en 2005 après la mort de sa mère, dont le pouvoir de Denis Sassou Nguesso a autorisé l’inhumation à Brazzaville. En 2007, le Mouvement congolais pour la démocratie et le développement intégral (MCCDI), parti créé par Kolélas père en 1990, signe un accord de gouvernement avec le Parti congolais du travail (PCT) de Denis Sassou Nguesso. Profitant de cet accord, Parfait Kolélas intègre le gouvernement en 2009 comme ministre de la Pêche avant d’occuper le portefeuille de la Fonction publique et de la Réforme de l’État jusqu’en 2015.

Opposé à la réforme de la Constitution, il était arrivé 2e à la présidentielle de 2016

Les prises de position du ministre Parfait Kolélas dérangent ses partenaires du pouvoir lorsqu’il s’oppose publiquement en 2015, mais en vain, à la réforme de la Constitution qui permet au président de se représenter après deux mandats. Sassou Nguesso est proclamé vainqueur de la présidentielle contestée de 2016, à laquelle Parfait Kolélas avait pris part après avoir créé son parti, l’Union des démocrates humanistes (UDH-Yuki). Soutenu par l’ancien chef rebelle Frédéric Bintsamou, alias Pasteur Ntumi, M. Kolélas est officiellement classé deuxième avec 15 % de suffrages. « J’ai juste pris acte des résultats de l’élection, mais je ne les ai jamais reconnus. Parce qu’il y avait logiquement un deuxième tour entre moi et le général Jean-Marie Michel Mokoko », autre candidat malheureux, répète souvent Kolélas qui a promis, en cas de victoire dimanche, de libérer celui-ci, condamné à 20 ans de travaux forcés au côté de l’ex-ministre André Okombi Salissa – également battu – pour « pour atteinte à la sécurité de l’État », après avoir contesté la victoire électorale du président Sassou Nguesso.

Alternance problématique

Avant son évacuation et l’annonce du décès de Guy-Brice Parfait Kolélas, beaucoup d’analystes politiques avait estimé cette élection présidentielle « sans espoir d’alternance ». Cela allait un peu dans le même sens que la conférence épiscopale du Congo qui avait émis de sérieuses réserves sur la transparence du scrutin. Une question constitutionnelle va-t-elle se poser avec ce décès ? L’interrogation mérite d’être avancée car la Constitution congolaise stipule dans son article 70 qu’une élection peut être reportée si un candidat décède ou se trouve définitivement empêché. Un champ d’interprétations s’ouvre qui pourrait faire l’objet d’un débat. Quoiqu’il en soit, l’alternance, mal engagée avant le décès de Guy-Brice Parfait Kolélas, paraît sérieusement compromise.

Source: lepoint.fr

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