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CMA/Plateforme: le prix de paix

La signature d’un cessez-le-feu entre les belligérants de la Coordination des mouvements armés (CMA) et de la Plateforme du 14 juin 2014 et l’arrivée du Gouverneur à Kidal sont indubitablement de l’ordre de l’embellie.

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Il n’en demeure pas moins que subsistent les questions qui fâchent et dont on aurait pu faire l’économie de certaines.

Depuis la signature d’un accord de cessez-le-feu, le mercredi 23 août dernier, les armes ne tonnent plus au nord, en tout cas, pas celles des mouvements armés signataires de l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali issu du processus d’Alger. Cette signature fait suite aux discussions ouvertes, lundi 21 août, à Anefis, entre les belligérants.
Depuis le même 23 août, le Gouverneur a pu regagner son siège à Kidal accompagné de son équipe. Cela, après des reports de dates.
Incontestablement qu’il y a là une petite victoire dans la mise en œuvre de l’Accord pour la paix et la réconciliation qui ne tenait plus qu’à un fil. Ainsi, le chaos a été évité ; le dialogue reprend tous ses droits comme cela est préconisé dans l’Accord : ‘’résoudre tous les différends par la voie du dialogue’’

Les incongruités
Pour autant, l’on ne peut s’empêcher de relever des incongruités.
À commencer par des termes du cessez-le-feu : les parties ‘’s’engagent à respecter une trêve en date de la signature du présent accord, pendant la durée des concertations, n’excédant pas 15 jours renouvelables d’accord parties, en vue de parvenir à un accord de cessation des hostilités de manière globale et définitive’’.
L’on notera qu’il est bien question de ‘’trêve’’ qui signifie dans l’usage courant ‘’arrêt’’ et qui dans le jargon militaire désigne un arrêt, mais avec la perspective de reprendre les hostilités. Le délai de 15 jours, même ‘’renouvelables’’, traduit à suffisance cette méfiance des uns vis-à-vis des autres. En clair, nous observons une paix conditionnelle.
Il est également permis, par ailleurs, de parler de paix conditionnelle, parce qu’en amont, il y a eu une opération de désarment d’un camp (Plateforme) qui a eu pour conséquence le changement du rapport de forces en faveur de l’autre (CMA). Un rétablissement de ce rapport pourrait bien ébranler les acquis de la paix. Ce qui confirme que la décision dont on aurait pu faire l’économie de désarmer la Plateforme était tout simplement absurde et contre-productive.
Dans l’immédiat, il y a une équation à résoudre. Dans l’accord de cessez-le-feu, il est dit : les parties s’engagent à ‘’s’abstenir de toute action de provocation de nature à nuire à cette trêve, y compris la propagande et les déplacements de troupes, et de combattants sans concertation préalable avec la MINUSMA, de garder les positions existantes’’.
Là où le bât blesse, c’est quand on dit de ‘’garder les positions existantes’’, parce qu’après les affrontements de la fin juillet la CMA a occupé des positions qui n’étaient pas les siennes auparavant. Or, il y a une tradition bien établie qui voudrait qu’à la cessation des hostilités, chaque mouvement réoccupe ses positions initiales. C’est au nom de ce sacro-saint principe que la Plateforme a été sommée de quitter Ménaka et plus tard Anéfis, par la Mission onusienne. Il est étrange que l’accord fasse un black-out sur cet aspect essentiel, même s’il est connu d’avance qu’il occupera une place de choix dans les concertations visant à parvenir à un accord de cessation des hostilités de manière globale et définitive.

Le MOC s’ensable à Kidal
Une autre équation qui ne devrait plus être différée, c’est le démarrage du Mécanisme opérationnel de coordination (MOC) de Kidal. Une des principales requêtes pour laquelle les mouvements armés ont mis le Gouvernement sous pression, lors des sessions du Comité de suivi de l’Accord (CSA) et pour laquelle désormais ils traînent les pieds, en tout cas, la CMA, pour ce qui est de Kidal. La preuve en sont les préalables qu’elle pose : ‘’la mise en place du Mécanisme Opérationnel (MOC) à Kidal avec 200 éléments des FAMAS et 200 éléments CMA sans les éléments du GATIA ni pro GATIA vu la tension actuelle qui persiste, en entendant qu’une solution d’apaisement soit trouvée dans la région de Kidal’’.

Le faux-fuyant
À l’évidence, d’une part, la tension évoquée n’est qu’un faux-fuyant puisqu’elle a été voulue et créée de toutes pièces avec la complicité active de la Force Barkhane qui a pris ses aises avec sa véritable mission de lutte antiterroriste.
D’autre part, il est indéniable que bien avait la tension à laquelle il est fait référence, la Plateforme n’était pas la bienvenue à Kidal. Ceci explique que nonobstant des recommandations issues des concertations d’Anéfis, l’entrée de la Plateforme à Kidal a donné lieu à une vive tension.
Voici ce que disaient des responsables des deux mouvements après les affrontements de juillet août 2016.
Pour Alghabass Ag Intalla, chef du HCUA : ‘’c’est la guerre. Il y a plusieurs morts depuis hier… Nous avons essayé de cohabiter avec le GATIA, mais c’est impossible’’.
Réponse du Berger à la bergère de Fahad Ag Almahmoud, secrétaire général de GATIA : ‘’Il faudrait que les Ifoghas se mettent dans la tête qu’ils doivent accepter les Imghad à Kidal. Ils n’ont pas le choix, nous ne pouvons pas être des persona non grata dans nos propres maisons’’.
Il est plus que jamais établi, à la lumière de ces propos, que l’on n’est pas dans affrontement CMA/Plateforme, mais Imghads/Ifoghas. Une des preuves irréfutables est ce passage d’un communiqué, en date du 10 août 2016, du secrétaire général du GATIA :‘’les Imghads invitent les responsables de la communauté Ifoghas à se ressaisir et à opter dans la voie du dialogue, de la réconciliation et du partage de la gestion politique, socio-économique et sécuritaire de Kidal entre toutes les communautés qui y vivent et de cesser leurs manigances tendant à faire croire à un conflit CMA-Plateforme’’.
Sans crever cet abcès, l’on ne continuera qu’à bricoler la paix, à se donner une impression de paix qui ne résistera à aucune secousse.

Par Bertin DAKOUO

 

Source: info-matin

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