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Chronique : Ma part de vérité à M. le président

Monsieur le président

ibrahim boubacar keita president mali ibk

Je ne veux même pas voir, Je ne veux même pas comprendre, Je ne veux même pas croire. Votre échec sera l’ataraxie qui servira de certificat de décès de la nation. Vous en aurez déçu plus d’un, que dis-je, vous porterez sur votre conscience le poids de leur misère ! Les miens m’ont dit que vous êtes un homme d’honneur, capable d’aller au-delà des clivages pour un Mali debout.

Mais à l’épreuve du pouvoir, un certain nombre de choses m’échappent et me laissent perplexe. Les choses ne vont pas dans la bonne direction. Des décisions brutales et sans mesures d’accompagnement vous mettent en porte à faux avec votre peuple. Détournements à la pelle, mauvaise gouvernance, licenciements, acharnements, gestion exclusive, etc. constituent les piliers de votre philosophie de gouvernance. Quand il s’agit de l’homme et de tout l’homme, toute la place est pour la vertu et jamais autrement. Souvenez-vous-en ! La ruse et la rage de votre politique ont fait émerger une nouvelle classe d’érudits, qui bouffent au banquet de l’insolence et de la démagogie. Nous sommes presque à la fin, la moisson a-t-elle été abondante ?

Les contradicteurs me diront sans ambages : la forme a changé, le modus vivendi aussi. Mais sans comédie intellectuelle, le modus operandi a-t-il fondamentalement changé ? Il n’est pas bon, ni même souhaitable, que les faits et les événements donnent raison aux plus jeunes, et que la sagesse en soit déroutée. Bon gré malgré, l’histoire semble porter la voix des plus jeunes. Vulgarisation du programme présidentiel d’urgence par ici, appel au soutien par là… Je crois fondamentalement que le bien ne fait que de bruit. Soyons sérieux ! « veritas et adequatio intelectus et rei», la vérité est en adéquation avec ce dont elle est l’objet. Le programme présidentiel d’urgence n’est qu’une intention, et c’est dans l’ordre normal des choses qu’un Etat ait sa feuille de route. Mais communiquer abondement autour de lui est malsain.

Le Président, l’âge a-t-il rabougri la taille de l’iroko ? Peut-on en quelques mois changer ?                     A cette dernière je réponds : l’homme est un mystère qu’il faille déchiffrer, et y passer une vie entière ne serait pas du temps perdu… M. Le Président, j’essaie de vous comprendre mais je n’y arrive pas. Comment avez-vous fait pour perdre vos amis politiques d’hier ? Vous devez douter et changer de méthode. A mon avis, vous avez trop de certitude. Qui ne doute pas devient dangereux. Le doute gardera vivace votre sens de l’étonnement, en vous montrant les choses familières sous un aspect non familier. Vous êtes déconnecté de votre peuple depuis un certain temps. L’autre a échoué pour les mêmes raisons. Vous n’avez pas ce droit-là. Les mêmes caïds d’hier ont rempli les marchés de déclarations de soutien encombrantes.

Le Président, les erreurs à répétition au sommet de l’Etat sont des fautes. Le roi ne devient pas un simple laquais parce qu’il accorde audience. Vous le savez mieux que moi. Ils vous chanteront l’alléluia torrentiel, pour vous voir finir comme le roi perd son diadème pour avoir contemplé toute nue, la promise de son premier notable. Vous n’auriez pas aimé me lire, mais je n’y peux rien. Celui qui s’extasie devant ce que tout le monde sait, me semble-t-il, est le véritable contemplatif. Puisque tout est éphémère, on peut faire mieux. Il nous est interdit d’en apprendre autant au sachant. Finalement, aux intelligents, peu de mots. Je sais que vous m’avez compris.

Ça ne va pas, et le dire ainsi, c’est faire appel à la pudeur. Depuis que vous êtes au pouvoir, ils ne se sentent plus chez eux. Parce que les ministres et les « ministricules », les chefs et les chefaillons, à divers niveaux, ont instauré l’arbitraire. Chez nous, on n’apprivoise pas une source, on la laisse couler pour tout le village, afin que chacun s’abreuve et fasse abreuver le bétail. Je sais que diriger un peuple est laborieux, mais être responsable aussi, c’est prévoir et être capable de s’adapter aux mutations et aux imprévus. Il n’est pas encore tard pour bien faire. Je sais que vous êtes un homme fin, capable du meilleur si vous le voulez. N’oubliez pas votre promesse. Le peuple attend toujours le miracle. S’il est réalisé, vous pourrez clamer au soir de votre quinquennat, « bonum certatem certavi, cursum consumavi, fidem servavi». Le peuple vous a à l’œil et avisera. Le temps sera donc le véritable tribunal de l’histoire.

A.D

 

Source: Le Point

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