Ces athlètes féminines qui sont sont aussi… des hommes

Le CIO, qui a commandité l’étude dont les résultats doivent être publiés très prochainement et que La Dépêche révèle aujourd’hui, s’est saisi de ce sujet après une violente polémique qui avait secoué l’athlétisme il y a quatre ans

Une étude menée par des experts des CHU de Montpellier et de Nice, à la demande du Comité international olympique, vient de percer l’un des mystères du monde sportif : certaines athlètes ont dans leur patrimoine génétique le chromosome masculin Y, ce qui les avantage dans les compétitions.

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C’est une avancée scientifique majeure et historique qui vient d’être réalisée par des chercheurs des centres hospitaliers universitaires (CHU) de Nice et Montpellier. A la demande du Comité international olympique (CIO) et de l’association internationale des fédérations d’athlétisme (IAAF), les professeurs Patrick Fénichel et Charles Sultan, ont, au sein du DSD expert group, levé le voile sur l’un des mystères du monde sportif en expliquant le caractère très masculin de certaines athlètes.

Les deux professeurs ont été saisis par le CIO pour examiner le dossier médical de quatre sportives de haut niveau, finalistes d’épreuves lors des derniers Jeux Olympiques de Londres l’été dernier et qui présentaient des taux de testostérone largement au-dessus des normes féminines et proches des niveaux masculins. Les deux scientifiques, à partir de tests ADN, sont parvenus à prouver que la masculinité très forte de ces athlètes n’était pas due à un quelconque dopage mais à une anomalie génétique, particulièrement rare chez les femmes et dans la population en général (lire ci-dessous).

Le CIO, qui a commandité l’étude dont les résultats doivent être publiés très prochainement et que La Dépêche révèle aujourd’hui, s’est saisi de ce sujet après une violente polémique qui avait secoué l’athlétisme il y a quatre ans. Lors du championnat du monde de 2009 à Berlin, la performance de l’athlète sud-africaine Caster Semenya, qui avait couru le 800 mètres avec trois secondes d’avance sur ses concurrentes, avait, en effet, jeté le trouble. Le physique puissant de la jeune femme, sa voix, son absence de poitrine et sa musculature impressionnante avaient conduit certaines mauvaises langues à imaginer qu’il s’agissait d’un homme… et la fédération internationale à réclamer un test de féminité avant la finale qu’elle remporta. Ces tests, introduits par le CIO en 1967 avaient été abandonnés à partir de 1996 puis définitivement en 1999 en raison de leur imprécision, de leur caractère humiliant et discriminatoire envers les femmes.

Si l’étude scientifique des professeurs Fénichel et Sultan répond à la question de savoir d’où vient le phénomène des athlètes très masculines, elle ne dédouane bien évidemment pas le dopage pratiqué intensivement par certaines athlètes, parfois au nom de la raison d’État, et pose un casse-tête au CIO face à ces sportives hors normes qui bénéficient d’un avantage concurrentiel certain sur leurs concurrentes.

Mais au-delà de la science, cette étude réhabilite au passage toutes ces sportives masculines dont la dignité de femme a été si souvent moquée. L’avancée est scientifique. Elle est aussi, indiscutablement, humaine.


Des anomalies génétiques très rares

Joël Gellin est généticien à l’Inra à Toulouse.

Chromosomes X et Y comment ça marche ?

Au niveau génétique les hommes et les femmes ont les mêmes chromosomes, sauf au niveau des chromosomes dits sexuels car ils portent la responsabilité de la différenciation sexuelle. Les femmes ont un double X ; les hommes un X et un Y. Ce qui se passe dans le cas normal, les femmes sont XX, c’est-à-dire qu’elles ont obtenu un gamète X du père et un gamète X de la mère. Chez les garçons, il y a un gamète Y venant du père et un gamète X venant de la mère.

Après il y a des anomalies beaucoup plus compliquées. Par exemple, il y a X zéro : ce sont des femmes qui n’ont pas une féminité normale. Il y a des cas où l’on ne peut pas voir le Y mais où il y a eu une différenciation qui masculinise l’individu.

Dans le cas des anomalies, ce qui peut se passer à la méiose lorsqu’il y a formation des gamètes, c’est qu’il peut y avoir un cas où deux chromosomes passent. Le cas commun est celui de la trisomie 21 : deux chromosomes 21 passent. Donc un enfant aura trois chromosomes 21, il sera trisomique. Dans le cas de l’X, on peut avoir cette anomalie : un gamète avec deux X et s’il s’associe avec un Y, on aura un individu XXY.

Ces anomalies sont-elles fréquentes ?

Non, ces anomalies sont rares et pas toujours diagnostiquées. Dans notre environnement moderne et très médicalisé, il y a des anomalies associées avec des anomalies chromosomiques, notamment une stérilité à l’âge adulte. Cela fait l’objet de recherches médicales.

Recueilli par Ph. R.

VERSION originale : http://www.ladepeche.fr/article/2013/04/26/1614796-ces-athletes-feminines-qui-sont-sont-aussi-des-hommes.html