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CCN, dialogue, réformes: Choguel dénonce et propose

En verve et en veine de détermination, le Président du MPR, Choguel Kokalla MAIGA, dans une interview accordée à M7TV, porte un coup de canif à l’échafaudage gouvernemental qui cherche à créer un écran de fumée en montant une polémique absurde, alors que le pays est assailli par des crises en tout genre qu’il urge de régler. Dans son viseur, la réforme constitutionnelle, le Cadre de concertation national (CNN) ; le dialogue politique, la crise des religieux qui font l’objet d’une ne gouvernance erratique sur fond de carambouille. Lisez plutôt son analyse de la situation et ses propositions.

La crise de confiance

À propos de la réforme constitutionnelle qui cristallise l’attention au plan national et même de la Communauté internationale, à l’instar de la quasi-totalité de la classe politique nationale, il reconnaît qu’il y a un besoin attesté par différentes tentatives en la matière.

« Il y a eu des tentatives. Ces différentes tentatives, c’est-à-dire qu’il y a une volonté, n’ont pas pu aboutir essentiellement à cause de deux situations.

D’abord, chaque fois que les présidents ont voulu faire une révision constitutionnelle, la classe politique a vu, à travers cette révision, une tentative du Président de la République de se remettre en selle. Ces différentes tentatives sont intervenues pratiquement dans des périodes de crise politique ou d’une crise de confiance entre la classe politique et le chef de l’État. Le résultat : 3 chefs d’État, à la dernière minute, ont retiré leur projet de révision constitutionnelle, sans expliquer d’ailleurs pourquoi aux Maliens. Ça veut dire qu’il y a un besoin et cette fois-ci encore il y a un besoin ».

Cependant, si sur le principe de la réforme constitutionnelle, Choguel MAIGA n’a pas d’objection majeure, il en est de même pour la démarche des autorités actuelles. Il le fait clairement savoir : « maintenant, entre le besoin et la voie par laquelle il faut passer pour la révision, il y a un chemin à parcourir qui me semble le plus difficile. Ce chemin, il y a une incompréhension totale entre les autorités et une bonne partie de la classe politique. Vous savez, la révision constitutionnelle, c’est comme lorsque vous voulez faire un édifice, vous êtes le propriétaire de l’édifice. La Constitution du Mali a prévu expressément que c’est le Président de la République ou les députés qui ont l’initiative de la révision constitutionnelle. Dans le cas d’espèce, c’est le Président de la République. Le propriétaire, qui est le peuple, veut faire un édifice, il en confie la construction à un architecte, le chef de l’État, c’est à lui de dire au peuple voilà ce que je veux réviser dans la Constitution ou bien je veux faire une nouvelle Constitution. Ça doit être très clair dès le départ. C’est ça le plan. Une fois que l’architecte a fait le plan, au nom du propriétaire qui est le peuple, il le confie à l’ingénieur. Une fois que l’ingénieur a le plan de construction, il peut choisir des maçons pour faire le travail. Ces maçons, ce sont les experts qui vont s’adresser à l’Administration, aux Partis politiques, à la société civile, aux citoyens tout court qui seront les ouvriers pour construire l’édifice.

Ce qui se passe au Mali, c’est que sans que l’architecte ne fasse son travail, sans que l’ingénieur ne dise qu’est-ce qu’il veut, comment il compte le faire, on nous présente les experts. Donc, les experts qui se promènent pour demander aux citoyens, aux organisations comment vous voyez la réforme. Non, la révision constitutionnelle, c’est le Président qui doit dire au peuple voici les points que je veux réviser, je confie la mise en œuvre de cette révision à une équipe qui peut être le Gouvernement qui le délègue à des experts, voire l’Administration, même un bureau d’étude, un cabinet. Donc, les experts qui ont été désignés, de notre point de vue, n’ont pas été désignés suivant une procédure qui permet objectivement de faire le travail. Vous savez, dans les questions de droit, la forme compte aussi bien que le fond. Donc, il y a un vice de forme dès le départ. C’est pourquoi vous allez constater que l’écrasante majorité de la classe politique dit ne pas se reconnaitre dans le travail de ces experts ».

Les propositions

Pour corriger ce qu’il qualifie de vice de forme, Choguel préconise : « la première des choses, c’est que celui qui en a l’initiative, devait dire exactement ce qu’il veut réviser. C’est ce que la Constitution a prévu. Ce ne sont pas les experts, les techniciens qui vont nous demander qu’est-ce qu’on veut qu’est-ce qu’on ne veut pas, parce que celui qui a l’initiative doit savoir pourquoi il veut réviser.

Deuxièmement, vous savez, il y a une crise de confiance au Mali. Dans l’imaginaire populaire, le Gouvernement ne dit pas la vérité. Quand vous dites aux citoyens on veut réviser la Constitution pour prendre en charge les préoccupations d’ordre communautaire comme la création de la Cour des comptes, mais il n’y a pas une urgence aujourd’hui. La vérité, c’est la pression qu’il y a sur le peuple malien aujourd’hui, c’est pourquoi prendre en charge des dispositions qui sont dans l’Accord, mais ça il faut le dire clairement aux Maliens et que les gens sachent quelles sont les dispositions de l’Accord qu’on veut introduire dans la Constitution pour que ce soit très clair dans l’esprit des citoyens, qu’ils n’aient pas l’impression que sous le couvert de révision constitutionnelle on les amène à des choses dont ils ne veulent pas.

La dernière révision, vous avez vu, qu’est-ce qu’il y avait là dans. Il y avait un article qu’on a subtilement glissé, l’article 36, pour dire que si on n’arrive pas à tenir les élections, le Président reste en poste jusqu’à l’élection du prochain Président de la République. Mais, quand vous mettez quelque chose comme ça dans une Constitution, ça devient suspect. Ce sont des pratiques comme ça qui créent une crise de confiance ; donc les gens n’ont pas confiance ».

L’imbroglio

En outre, le Dr Choguel Kokalla MAIGA a objecté sur le Cadre de concertation national, objet du Décret N° 20/PM-RM du 17 janvier 2019, un Cadre de Concertation national (CCN) entre le Gouvernement, les partis politiques et la société civile pour valider les propositions du Comité des Experts. Il explique : « vous savez, les choses doivent se faire dans l’ordre. Aujourd’hui, vous avez une crise politique grave, une crise de confiance. Cette crise est entre celui qui a été élu et le reste de la classe politique. Il faut que les deux acteurs de la crise, les deux protagonistes de la crise, la Majorité présidentielle avec à la tête le chef de l’État, et ceux qui le contestent qui sont composés de plusieurs groupes, s’assoient pour parler de la crise. Une fois qu’ils définissent les conditions de sortie de crise, la mise en place du Comité d’experts n’est qu’un élément du processus de sortie de crise. La détermination des éléments du processus de sortie de crise n’appartient pas à un Président de la République, encore moins à un Premier ministre.

Deuxièmement, lorsque nous avons eu les papiers qui ont été envoyés, les décrets qui ont été pris qui parlent de Cadre de concertation, mais on est tombé des nues. Vous avez vu parmi les participants, on a les groupes armés, moi je me suis posé la question : qu’est-ce que les groupes armés viennent faire dans les réunions avec les Partis politiques ? On nous dit que c’est au nom de l’inclusivité, mais les groupes armés, leur seule légitimité c’est le fait qu’ils détiennent des armes et l’esprit des lois au Mali, c’est que vous ne pouvez pas détenir les armes et faire la politique. C’est pour cela qu’on nous dit que même un militaire qui veut faire la politique qu’il démissionne de l’Armée. Ils ont les armes, c’est leur seule raison d’être, à ce titre, ils sont partenaires du Gouvernent dans la mise en œuvre de l’Accord, ils viennent s’asseoir dans les réunions avec les Partis politiques. Mais, s’ils veulent faire de la politique, ils n’ont qu’à chercher leur récépissé et se transformer en Parti politique. Fondamentalement, c’est une erreur, en réalité, je pense que c’est un piège. C’est une façon d’institutionnaliser et de rendre permanent l’existence des groupes armés sur le plan institutionnel. Or, les groupes armés ont une existence qui est limitée dans le temps. Ce sont des partenaires du Gouvernement pour la discussion pour la mise en œuvre de l’Accord. Ce qu’ils auront convenu avec le Gouvernement, c’est que le Gouvernement soumet à la discussion. Ça, ce n’est pas un élément des plus importants.

Ensuite, quand vous regardez la composition, il y a plus de 200 Partis au Mali où vous avez 7 ou 10 chefs de Parti qui sont conviés.

Troisièmement, il y a aujourd’hui au Mali des critères qui déterminent le poids d’un Parti politique. C’est le nombre de députés, de conseillers municipaux au sortir des urnes. C’est ce qui détermine votre poids jusqu’aux prochaines élections. Est-ce qu’on a vu dans le décret qu’ils ont pris (…). Il y a des partis qui ont acheté des députés qui fait qu’ils ont beaucoup de députés, ils sont plus représentés que des Partis qui se sont battus légalement pour avoir des députés. Il y a des Partis qui ont été créés après les élections qui ont acheté des députés, des conseillers. Ils sont plus représentés que des Partis qui existent historiquement qui ont eu des candidats à l’élection présidentielle. Tout ça pour dire qu’il y a quelque chose qui n’est pas clair ».

L’arbitraire

Le tableau, que dépeint le Dr Choguel MAIGA, rentre dans la catégorie de la transhumance politique qu’il place dans un autre cadre, même s’il relève un paradoxe au niveau de l’Administration : « c’est un autre débat. S’il y a des hommes politiques qui cautionnent, c’est leur affaire. Mais le résultat de la transhumance, on ne peut pas le transformer en élément d’appréciation du Parti, parce que même au niveau de la Direction générale aux élections, lorsque vous sortez des élections, jusqu’aux prochaines élections, le financement des Partis, tous les éléments de représentativité, c’est à partir des résultats sortis des urnes. Pourquoi on change les règles du jeu, à cause de ces élections ? Donc, ce sont des jeux qui ne peuvent marcher. Lorsqu’on est dans une crise de confiance, il faut que les choses aillent dans l’ordre que les acteurs principaux de la crise politique disent les grandes questions qui définissent le consensus national, qu’ils définissent ensemble les conditions d’organisation de la sortie de crise. Le Cadre de concertation n’est qu’un élément, ce n’est qu’un cadre. Les gens ne reconnaissent pas un ministre qui est contesté sur tous les plans, de convoquer comme ça les Partis, de fixer un cadre arbitrairement sans critères crédibles avec des astuces qui jurent avec la morale politique. Personnellement je ne me suis même pas présenté dès le premier jour ».

Ce qu’il faut faire

Le Président du MPR dénonce, mais propose également : « ce qu’il faut faire d’abord, je pense que c’est ce qui est en train de se dessiner, c’est que le chef de l’État dont l’élection est à la base de la crise politique, il est contesté, discute avec tous les Maliens, y compris ceux qui le contestent.

Vous savez, la légitimité d’un Président, ce n’est pas seulement le résultat des urnes. On a vu des présidents qui ont été élus, le peuple les a chassés après. Donc, c’est comme un permis qu’on te donne pour conduire, mais si vous passez votre temps à faire des accidents, votre permis peut ne pas être valable. Donc, le fait d’être élu, c’est un permis qu’on vous donne pour diriger le pays. Mais, votre gouvernance, votre façon de faire, comment les citoyens se reconnaissent dans votre façon de diriger, c’est ce qui assoit votre légitimité. Donc, l’élection contestée ne peut pas être source de légitimité du chef de l’État. C’est pourquoi, aujourd’hui, si un espace est créé où il discute avec tous les Maliens, et que les uns et les autres se disent attention, au-delàs de l’élection, notre pays, aujourd’hui, est menacé dans ses fondements par cette révision qui n’en finit pas, par cette guerre au Centre qui ne finit pas, les enjeux géostratégiques de notre pays, on laisse la question électorale de côté, pour se concentrer sur ce qu’il faut faire pour sauver notre pays. Ça, ça me semble être un bon débat. Une fois que cela est fait, on s’entend sur les grandes questions aujourd’hui qui ont besoin d’un minimum de consensus au niveau de la Nation pour faire avancer le pays, pour que notre peuple parle d’une seule voix face à l’adversaire et les adversaires ne manquent pas. Il y en a qui sont parmi nous ; il y en a qui font semblant de négocier avec nous ; il y en a qui ont des projets sur notre pays. Pour que notre peuple parle d’une seule voix. Une fois ce cadre créé, les groupes pour faire ceci pour faire cela, ça va de soi. Et une fois que le cadre est créé, qu’on ait déterminé les grands sujets qui nécessitent un consensus au niveau de la Nation, de l’essentiel des acteurs politiques, c’est en ce moment qu’on peut choisir les équipes, qu’on peut choisir les hommes pour les mettre en œuvre. Il faut que ce soit des gens en qui la population a confiance, dont la loyauté envers l’État malien ne souffre d’aucune ambiguïté, qui ont une crédibilité, qui ne sont pas discrédités dans l’opinion. En ce moment, je pense qu’on va trouver la voie de l’apaisement. Les Maliens vont se rendre compte que la voie qu’on a choisie jusqu’ici était mauvaise ».

Une opération de communication

Le dialogue politique fait partie des exigences d’une grande partie de la classe politique pour tourner la page de la crise. L’appel téléphonique du Président IBK à l’Honorable Soumaïla CISSE, Chef de file de l’Opposition, suivi d’un tête-à-tête, a été perçue par de nombreux Maliens comme une réponse à cette demande de dialogue. Le Dr Choguel MAIGA qui ne cède pas à l’euphorie, en fait une analyse froide : « vous m’avez interviewé le mois de novembre dernier. Il y a deux à trois choses que je voudrais dire. Je vous ai dit qu’en politique, dans la vie tout court, lorsque vous voulez réellement régler un problème, vous le réglez d’abord, après vous en parlez. Quand on commence par parler avant de régler le problème, moi je me pose des questions. On a eu beaucoup plus le sentiment de gérer une opération de communication que d’aller vers des solutions. Ça, c’est mon appréciation. Je souhaite qu’elle soit erronée. Ceci dit, je trouve que c’est un pas en avant ; on attend de voir la suite ».

L’échec des politiques

Le Président du MPR, le Dr Choguel Kokalla MAIGA, a réagi au sentiment que les leaders religieux dament le pion aux acteurs politiques, à ce qui a été qualifié d’irruption des leaders religieux dans la sphère politique. Il décline sa position : « d’abord, moi je ne suis pas de ceux qui disent qu’ils ont battu le pavé pour la démocratie ; moi, je me suis battu avec mes idées dans les salles de réunion, dans les conférences, dans les rencontres à l’intérieur de mon Parti. Je ne suis pas un partisan de la rue, d’une manière générale, sauf quand ça s’impose. Au moment où le Mali faisait la transition démocratique, j’étais dans un autre camp, j’étais dans un autre Parti où on menait le combat. Mais, le plus important, c’est que ça fait une trentaine d’années qu’on fait une construction du système multi partisan. Vous savez, des religieux, des composantes de notre société, on ne peut pas les empêcher de donner leur avis et même de participer au débat politique. Ce que la Constitution a interdit, ce sont les Partis politiques à caractère religieux. Ça, c’est un.

Deuxièmement, vous savez, on en fait un problème aujourd’hui, simplement parce qu’il y a des questions de fond, des questions de société, des questions d’ordre moral sur lesquelles les religieux ont donné leur avis et ils sont dans leur rôle. Dans toutes les sociétés, même celles qui sont considérées comme les plus démocratiques, lorsque des questions de société, des questions d’ordre moral sont posées au niveau politique, ils donnent leur avis, ils battent le pavé, ils manifestent, ils contestent.

Pourquoi au Mali, quand les religieux le font on dit que c’est un danger ?

Troisièmement, moi je pense que c’est quand les hommes politiques échouent que l’espace est laissé à toutes sortes de courants, y compris les courants religieux. Moi, je veux faire confiance aux religieux maliens, je pense que ce sont des hommes assez instruits qui comprennent les lois qu’il n’y a pas de Parti à caractère religieux au Mali. On ne peut pas leur interdire de donner leur avis. Mieux, ce qu’on appelle irruption des religieux sur la scène politique, cela a commencé en 2012. L’actuel chef de l’État, IBK, c’est le premier que les religieux ont soutenu, on a fait des prêches dans les mosquées. Qui a trouvé à redire ? Personne. En 2013, tout le monde sait que c’est à partir du choix des chefs religieux de le soutenir que tout a basculé en sa faveur, sinon il n’avait même pas de Parti. Il a eu 70%, mais il s’en est flatté pendant tout son mandat. Personne n’a trouvé à redire. Maintenant qu’il est en désaccord avec les mêmes, on nous dit, attention, il y a un danger, il y a les religieux qui sont sur la scène politique.

Maintenant, pour le reste, les religieux disent ceci : l’enseignement de l’homosexualité qu’on a voulu introduire dans notre société de façon inconsidérée, que notre pays a d’autres problèmes, c’est inacceptable. Si vous vous rappelez, au début, le Gouvernement a nié. Quand il a été pris la main dans le sac, il dit oui, on va étudier, on va mettre en place des commissions. Mais, lorsque c’est devenu flagrant, le Président a dit qu’il n’était pas au courant. Un Président dont le Gouvernement engage des réformes aussi sensibles qui touchent au fonctionnement, à la stabilité de la société, il dit qu’il n’est pas au courant. Dans un système démocratique, il y a des sanctions. Mais si rien ne tombe, les gens vont se dire, attention, dans ce pays-là tu peux commettre les fautes que tu veux, même porter atteinte à la morale publique.

Le fait qu’ils aient dit qu’il faut le départ du Premier ministre, ça, c’est un débat en privé. Vous avez vu les passes d’armes entre le Premier ministre et eux. Ça a commencé bien avant. Je ne vois pas pourquoi le Premier ne sent obligé de s’en prendre aux chefs religieux. S’il les attaquent sur leur terrain, eux aussi l’attaquent et demandent son départ. Parce qu’eux prennent les résultats. Ils se disent que depuis qu’il est venu, l’insécurité s’est aggravée dans le pays. Ils s’attaquent aux questions d’ordre moral. Le pays est déstabilisé ; ils ne voient pas de résultat. Mais, c’est un débat entre eux. Moi je pense que le Premier ministre n’a qu’à se mettre à la hauteur. Soit, il mène le débat de façon démocratique, soit il se tait, mais les flèches qu’il a lancées aux religieux montrent clairement que c’est lui qui leur a déclaré la guerre. En ce moment qu’ils demandent sa démission, c’est une affaire entre eux ; moi je ne suis pas un chef religieux, je suis un responsable politique et mon avis est connu ».

La faute politique

Le Président du MPR persiste dans sa position : « je vous dis, un chef religieux, un chef de famille qui dit, un Gouvernement qui veut aller enseigner l’homosexualité à des enfants de 11 ans, ce Gouvernement je n’en veux pas, il faut qu’il quitte. Je ne sais pas s’ils ont eu le courage de le dire, mais la quasi-totalité des Maliens pense que le fait de vouloir introduire l’homosexualité dans nos écoles, c’est inacceptable, c’est une faute politique et les fautes en politique ça se paye. Ce n’est pas parce qu’ils ont eu le courage de le dire aujourd’hui. Les autres n’ont pas eu le courage de le dire. Maintenant, c’est au Gouvernement de donner les réponses et les réactions appropriées et je trouve que le Gouvernement est allé de mal en pis. Quand les religieux vous disent attention, il y a quelque chose d’anormal que vous êtes en train de faire dans notre société, mais vous dites, attention, vous avez raison. Mais vous dites, non c’est faux. Celui qui l’a dit, ce sont des rumeurs. Quand il sort les preuves, il veut faire un meeting pour expliquer, on dit non, il n’y a pas de meeting. Ensuite, il dit qu’il veut faire une grande conférence pour expliquer, on fait des tentatives d’abord pour saboter, à la dernière minute, on dit qu’on est venu pour accompagner avec tout ce que vous avez suivi comme choses qui n’étaient pas tellement agréables. Mais, dans ces conditions-là, ce n’est pas une histoire de chefs religieux ; c’est une question d’un Gouvernement qui a commis une faute, qui a donné la preuve de son incompétence et du fait qu’il n’est pas à l’écoute des populations. Parce qu’aujourd’hui, en République du Mali, il faut être un extra-terrestre pour penser qu’avec la crise sécuritaire, la crise politique, la crise sociale, la crise financière, la crise morale qu’avec ça il faut encore introduire l’enseignement de l’homosexualité. Ça veut dire qu’ils sont totalement coupés des réalités. Lorsque les gens disent qu’un tel Gouvernement ils n’en veulent pas, mais c’est leur droit de le dire.

Chaque société résout ses problèmes en temps et en heure. Les sociétés qui ont légalisé l’homosexualité, ce sont des sociétés qui ont 200 à 300 ans de tradition démocratique. Il y a 20 ans, dans ces sociétés, quand vous parliez d’homosexualité, vous étiez poursuivi. Aujourd’hui encore, dans les sociétés dites démocratiques en Occident, il y a des pays qui ont interdit dans leurs lois. Lorsque cela est vrai et lorsqu’on est dans un pays en construction, surtout qui est en crise existentielle, est-ce que ce sont des débats qui doivent venir aujourd’hui ? Si ces débats devaient venir, attendons un autre moment. Pourquoi aujourd’hui, pourquoi au moment où l’Etat est à terre, au moment où notre pays se désintègre ? Au lieu que l’État concentre son énergie sur ça, il amène un poison qui déstabilise pratiquement notre société. Mais l’homosexualité, c’est leur droit. Chacun a le droit d’exercer sa sexualité comme il veut, mais on ne peut pas venir nous imposer ça aujourd’hui, au moment où on a l’esprit ailleurs. Je trouve que c’est une faute politique grave que le Gouvernement a commise. Dans d’autres systèmes, quand le Président dit qu’il n’était pas au courant, ça veut dire qu’on l’a mis dans l’embarras. Il y a des fautes qui se payent. Mais quand les fautes ne se payent pas, les citoyens s’en prennent au Président, ils veulent que le Premier ministre parte. Ça, c’est un débat entre eux, moi je ne suis pas le porte-parole des religieux, j’essaie d’expliquer seulement. Je trouve que le Gouvernement n’a pas raison dans cette polémique-là ».

PAR BERTIN DAKOUO

Source: info-matin

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