Belmokhtar donné pour mort par l’armée tchadienne au nord du Mali

Islamisme. Le Tchad a annoncé hier avoir tué un second chef d’al-Qaida au Maghreb islamique (Aqmi), après Abou Zeid. Mokhtar Belmokhtar, dit « le borgne », avait pris ses distances en octobre avec Aqmi, et avait revendiqué la sanglante prise d’otages sur le site gazier d’In Amenas, en janvier, au sud de l’Algérie.mokhtar belmokhtar

Alors que la mort du cheikh d’al-Qaida au Maghreb islamique (Aqmi), Abou Zeid, n’était toujours pas confirmée hier soir, l’armée tchadienne annonçait que ses soldats « ont détruit totalement la principale base des djihadistes dans le massif de l’Adrar des Ifoghas », et ont tué le chef Mokhtar Belmokhtar. Surnommé « le Borgne », celui-ci avait revendiqué l’attaque contre le complexe gazier d’In Amenas en Algérie, quelques jours après l’intervention française au Mali.

Les annonces de décès de chefs islamistes se succèdent en provenance du Tchad. Pour Abou Zeid, c’est le président tchadien Idriss Déby en personne qui a proclamé sa mort. Paris se refuse pour sa part à tout commentaire, ce qui laisse planer le doute quant à la situation réelle sur le terrain.

Le doute persiste sur la mort des deux hommes

Matthieu Guidère, professeur d’islamologie à l’université Toulouse 2, que nous avions déjà interrogé hier, se montre dubitatif. Il note qu’aucun réseau islamiste ne confirme le décès d’Abou Zeid. Or, souligne-t-il, « l’expérience montre que les djihadistes ne cachent jamais leurs morts et en font immédiatement un martyr ». L’universitaire pense que l’objectif de cette nouvelle, si elle se révélait fausse, pourrait être d’obliger Abou Zeid à communiquer pour dire qu’il est toujours vivant, ce qui permettrait de le localiser. Les Américains ont déjà repéré et abattu, par drones interposés, des chefs talibans en Afghanistan et au Pakistan grâce à une telle ruse. Le président russe Eltsine avait également fait tuer par un missile tiré d’un avion son homologue tchétchène Djokhar Doudaïev, en 1996. Le missile avait été guidé par les ondes du téléphone satellitaire de Doudaïev…

Quoi qu’il en soit, l’annonce de ces deux morts relance les inquiétudes sur les otages français au Sahel dont au moins six sont détenus par Aqmi. Matthieu Guidère souligne que « quand les djihadistes sont attaqués, les représailles sur les otages sont quasi systématiques ».

« L’action militaire met en danger les otages, clairement », renchérit René Robert, grand-père de Pierre Legrand, un des otages français.

« Nettoyer la zone»

Les Tchadiens qui annoncent avoir abattu les deux chefs islamistes, ont eux-mêmes subi de lourdes pertes ces derniers jours dans la région, où les combats font rage à l’abri de toute couverture par la presse. Selon Éric Denécé, directeur du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R), l’armée française, avec l’aide des Tchadiens, des Maliens et des Algériens, « est en train de nettoyer toute la zone, et les jihadistes mettront du temps à s’en relever… s’ils s’en relèvent ».

P. F.