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« Bamako horizon 2030 » : Une vision à concrétiser

Selon les prévisions, la ville de Bamako comptera 6 millions d’habitants et la population urbaine du Mali sera d’environ 13 millions d’habitants en 2030. Une  urbanisation rapide qui présente d’importants besoins en infrastructures et équipements pour offrir un cadre de vie adéquat à toute cette population. Pour anticiper, la mairie de Bamako a élaboré une initiative intitulée « Bamako horizon 2030 ». Un ambitieux projet, dont la mise en œuvre nécessitera d’importants moyens mais surtout un schéma d’urbanisation dont la capitale malienne ne dispose pas pour le moment.

Actuellement, environ 70% de la population malienne vit entre Bamako, Sikasso et Ségou, avec une concentration des infrastructures sociales de base dans « ce triangle », selon les spécialistes. Une réalité qui traduit le déséquilibre profond qui caractérise le développement des villes du Mali. Au centre de cette croissance urbaine « mal contrôlée », la ville de Bamako, la capitale, est la référence.

Si « le destin du Mali est intimement lié à celui de sa capitale, Bamako (…), les dysfonctionnements importants de la ville, qui ont été générés pour la plupart par la forte croissance de la population au cours des vingt dernières années, rendent obligatoires des décisions d’aménagement qui prennent acte de la taille de la ville et de son fonctionnement en agglomération », explique Monsieur Mahamoudou Wadidié, Directeur de l’Agence de Développement Régional (ADR) de Bamako. Un constat qui nécessite le rééquilibrage de la ville sur ses deux rives et a conduit à mener une réflexion à long terme sur l’avenir de la ville, d’où « Bamako Horizon 2030 ».

Un programme ambitieux

Née à l’issue du premier Forum du développement urbain de Bamako, en 2010, l’initiative a abouti à la « formalisation d’une stratégie d’organisation de l’agglomération du Grand Bamako ». Avec pour but d’en faire une cité moderne, répondant aux besoins actuels et futurs, la vision s’est développée autour de grands axes pour faire de la capitale une « ville aménagée et fonctionnelle », capable d’assurer les services et équipements nécessaires à la vie en ville en termes de mobilité, d’énergie, d’habitat…

La capitale doit aussi être « une ville économiquement performante », chargée non seulement de générer des ressources pour le pays mais aussi de garantir à ses habitants des emplois. Le troisième défi que se fixe la vision « Bamako horizon 2030 » est d’avoir pour la capitale « une identité collective renforcée ». Une appropriation de la ville qui permettra aux habitants de la Cité des trois caïmans de se reconnaître et de se retrouver autour des préoccupations de leur ville.

Pour mettre en œuvre ce « Bamako rêvé », les autorités du District ont élaboré un catalogue des activités programmées ainsi que leurs objectifs, comprenant une vingtaine de réalisations, qui vont des études aux actions de communication, en passant par des propositions concrètes, comme « le Boulevard du piéton », l’aménagement de 4 gares routières pour les gros porteurs ou encore la construction de 5 parkings à étages au centre historique de la ville de Bamako.

La  planification, un préalable

Mais, pour mettre en œuvre sa vision, « Bamako Horizon 2030 » doit s’imposer aux acteurs. Or « ce document n’entre ni dans les outils de planification urbaine ni dans les plans d’aménagement du territoire », constate  Monsieur Ibrahim Abderhamane Kounta, Secrétaire général et Vice-président par intérim de l’Ordre des Urbanistes du Mali (OUM). Avec une croissance importante de sa population, la capitale malienne « manque de tout », estime-t-il. Et pour répondre à ces besoins d’infrastructures, il est indispensable d’avoir une vision à court, moyen et long termes. En plus des problèmes de mobilité et d’assainissement, la capitale malienne doit faire face à l’inégale répartition des activités sur son territoire. Cette réalité se traduit par la concentration des activités administratives et commerciales sur la rive gauche, faisant de la rive droite une zone « dortoir ». Une situation accentuée par la création d’autres zones dortoirs à la périphérie, avec les  différents programmes de logements sociaux en cours.

A défaut d’une vision à long terme chargée de déterminer ces besoins, la capitale se contente de certaines actions ponctuelles, dont l’insuffisance tient surtout à l’absence de préalables nécessaires au changement souhaité. Il s’agit en l’occurrence de l’opération de libération des voies publiques entreprise en 2016. Si elle a été saluée par de nombreux acteurs, elle a pêché par l’absence des mesures nécessaires à son efficacité. En effet,  les espaces utilisés par les « commerçants  déguerpis » étaient saturés depuis plusieurs années et il fallait aussitôt après le déguerpissement créer de nouvelles zones artisanales et commerciales, note un spécialiste.

L’état des lieux du Schéma Directeur d’Urbanisme (SDU) figure dans les actions de la vision Bamako 2030, mais ce premier outil de planification urbaine fait actuellement défaut à la capitale, administrativement délimitée par les 6 communes du District. Mais les communes périphériques de Bamako disposent de leurs propres SDU, à quelques exceptions près.

La vision « Bamako horizon 2030 » peut donner les grandes orientations de la ville en matière de politique d’aménagement qui pourront entrer dans le Schéma Directeur d’Urbanisme, indispensable, et à partir duquel se prendront les dispositions concrètes pour les 20 prochaines années, précisent les spécialistes.

Synergie d’action

Conscient des enjeux liés à l’inexistence de ces documents de planification, l’État a entrepris l’élaboration du Schéma d’aménagement national. « Un document de référence », dont le Mali disposera pour la première fois, se réjouit le Secrétaire général de l’OUM.

Destiné à définir les potentialités et le type de développement souhaité des différentes zones du pays, ce schéma permettra une répartition équilibrée des populations et des infrastructures sur le territoire national. C’est à partir de lui que seront établis les schémas régionaux, locaux et communaux.

Adoptée en 2014, la Politique nationale de la ville constitue une étape dans l’élaboration de ce schéma d’aménagement du territoire. Elle fixe les orientations concernant le développement dans environ 200 villes du Mali. Actuellement, seule une centaine de ces villes, qui comptent au moins 5 000 habitants, dispose de Schémas Directeurs d’Urbanisme initiés par les collectivités, faute de moyens selon les autorités. Mais, plus que des moyens, il faut surtout une réelle volonté et des stratégies efficaces pour mettre en œuvre ces schémas. En effet, si la première tentative d’élaboration du SDU de la capitale a échoué, c’est « parce que les consultants nationaux ont été écartés du processus », regrette le Secrétaire général de l’Ordre des Urbanistes. Une chose que ni ces professionnels, ni le ministère de l’Urbaniste n’ont acceptée. Un nouveau processus est donc nécessaire pour donner à la ville de Bamako les moyens de penser son développement en harmonie avec l’ensemble du territoire, car «  Bamako ne peut être géré de façon isolée », assurent les acteurs.

Mais disposer d’un outil de planification n’est pas la finalité, « il faut aussi l’appliquer », insiste Monsieur Kounta de l’OUM. « Et il faut pour ce faire avoir une stratégie et envisager la révision du document si nécessaire, tout en gardant les grandes orientations », précise t-il.

Même pour une ville comme Bamako, où coexistent « des anciens quartiers » et des nouveaux, rien ne s’oppose à une urbanisation harmonieuse. « Il y a une mutation urbaine, mais il y a lieu de revoir la réglementation. Il faut des plans d’urbanisme pour définir les schémas sectoriels. Il faut des règlements d’urbanisme qui définissent par exemple la taille ou même la couleur des bâtiments. Que les quartiers soient anciens ou nouveaux, on peut fort bienles viabiliser », ajoute l’urbaniste.

Journal du mali

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