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Azawad: ni réalité géographique, nu projet politique

Les rideaux sont tombés hier, après-midi, sur les travaux de la Conférence d’entente nationale qui a été un moment fort de diagnostic des crises que traverse notre pays et d’importantes recommandations.

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La cérémonie de clôture a débuté par la présentation par Nouhoum SANGARE du rapport général consigné dans un document intitulé ‘’Rapport général de la Conférence d’entente nationale’’.

Les causes des crises
Parmi les causes des crises, le rapport retient, entre autres, pour ce qui est du déficit que d’aucuns ont qualifié de défaillance de la gouvernance, la corruption, la délinquance financière, le clientélisme, le népotisme, la mauvaise distribution de la justice.
Du point de vue sécuritaire, il a été question de la persistance de l’existence des groupes armés et qui se multiplient, le trafic des stupéfiants, l’incapacité de l’État à assurer la sécurité au Nord.
Pour ce qui est de la diversité et de l’exclusion, il ressort du rapport, la prolifération des associations à caractère régionaliste, le manque de visibilité de certaines communautés à l’origine de frustrations.
En ce qui est de l’abandon des valeurs sociétales, les participants à la Conférence d’entente nationale ont pointé du doigt la faible prise en compte de certaines communautés qui s’estiment marginalisées, le déficit de développement socio-économique, la mauvaise répartition des richesses nationales, le manque d’emploi pour les jeunes, l’instrumentalisation de la religion, le terrorisme, l’abandon de l’intérêt commun au profit de l’intérêt personnel.
Parlant de l’effritement des valeurs sociétales, la Conférence souligne, l’insuffisance du niveau de mise en œuvre de l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali issu du processus d’Alger, l’insuffisance de la compréhension et donc une faible adhésion de la population à l’Accord.
La question de l’Azawad, comme prévu, a été débattue. La Conférence a retenu que le terme ne renvoie plus à un projet politique. De même, cette appellation, au plan administratif, ne concerne pas toutes les régions du Nord. Enfin, il a été reconnu à l’Azawad une réalité socioculturelle, mémorielle et symbolique partagée par différentes populations du nord Mali, constituant des composantes de la communauté nationale.

Les recommandations
Après l’identification des causes des crises, des recommandations pertinentes ont été formulées.
Au chapitre de la gouvernance, il a été recommandé une meilleure gouvernance qui implique une bonne distribution de la justice et une gestion des ressources financières, l’évaluation et l’audit de toutes les ressources publiques destinées au Nord, favoriser le retour de l’administration au Nord, criminaliser les revendications basées sur l’usage des armes.
En matière de sécurité, il s’agira de responsabiliser les populations pour la prévention et la gestion des conflits, encourager le pardon mutuel, accélérer le processus de démobilisation, désarmement, réintégration ou réinsertion, dépolitiser les Forces de défense et de sécurité, redéployer l’armée reconstituée pour la sécurisation des personnes et des biens.
Par rapport à la gestion des diversités et de l’inclusion, les recommandations sont relatives à l’intensification des échanges culturels entre le Nord et les autres régions du pays, la culture un vecteur d’intégration par excellence, l’élaboration d’une nouvelle charte pastorale et tenir compte des problèmes du Centre du pays, promouvoir les autorités traditionnelles pour la gestion des affaires locales en ayant à l’esprit qu’il n’y a pas de suprématie d’une communauté sur une autre.
En matière de développement socio-économique, il est question d’améliorer l’accès aux services sociaux de base (santé, éducation, eau…), l’implication des associations de victimes dans le processus national, réduire les écarts de développement entre les régions.
Pour ce qui est de la promotion des valeurs sociétales, l’accent est mis sur la promotion des valeurs de liberté, la libre circulation des personnes et des biens, promouvoir la justice et les mécanismes traditionnels de prévention et de gestion des conflits, prendre en compte les valeurs dans toutes les régions du pays, faire connaître le drapeau national, l’hymne national et la devise du Mali.

Dialogue avec KOUFA et Iyad ?
Dans le domaine de la paix et de la réconciliation nationale, la Conférence recommande l‘instauration d’une journée de la paix et de la réconciliation au cours de laquelle le président de la République ferait une adresse à la Nation, l’érection d’un mémorial pour toutes les victimes des différentes crises depuis l’indépendance à aujourd’hui.
Dans le cadre de la révision constitutionnelle, la Conférence recommande de négocier avec Amadou KOUFA et Iyad Ag GHALY, dans la préservation du caractère laïque de l’État.
La Conférence recommande également l’arrêt de toute forme de stigmatisation d’une communauté.
La Conférence d’entente nationale a eu à faire des recommandations spéciales. Il s’agit de : régler la mésentente entre les groupes armés, à savoir la CMA et la Plateforme ; favoriser le retour des réfugiés ; accélérer le retour de l’État dans les zones où il n’est pas présent ; prioriser les actions favorisant le retour des réfugiés ; mettre en place un système de discrimination positive en faveur des femmes, en matière d’élections, de nomination dans les institutions et les corps de l’État.
Il a été recommandé la même discrimination positive en faveur des jeunes frappés par le manque d’emploi, dans les concours et examen, dans les Forces armées et de sécurité.
La Conférence a fait une motion de remerciement à l’endroit de la Médiation internationale pour son accompagnement.

Un fort engouement
Le président de la Conférence d’entente nationale, Baba Akhib HAIDARA, a souligné que les travaux ont été marqués par des débats inclusifs, souvent intenses, passionnés, mais jamais violents. Plus les travaux se déroulaient, plus ils attiraient des Maliens. Ce qui lui a fait dire qu’aucune partie n’a manqué à l’appel. Il ressort du déroulement des travaux, l’attachement de tous au Mali, a-t-il fait savoir. Il a révélé que l’engouement pour la Conférence a été tel que les prévisions ont été dépassées. En effet, a dit M. HAIDARA, alors que ce sont 300 participants qui étaient attendus, il y a eu trois fois plus, chacun tenant à dire sa part de vérité.
Le président HAIDARA a salué la forte mobilisation des femmes, en particulier celles de Kidal, et des jeunes.
Il a annoncé que tous les documents élaborés serviront à l’élaboration de la future Charte pour la paix, l’unité et la réconciliation nationale.

Un succès retentissant
Le Chef de file de la Médiation internationale, Ahmed BOUTACHE, a, en tant qu’algérien d’abord, donc frère, félicité, au nom de tout le peuple algérien, avec en tête le Président BOUTEFLIKA, pour le succès retentissant de la Conférence d’entente nationale qui est un événement majeur.
Il a félicité le Président IBK pour toutes les actions en faveur de la paix.
Un hommage mérité a été rendu au président de la Conférence pour sa clairvoyance qui a permis que la raison prévale et que chacun ait pu embarquer dans le train à sa gare.
Selon M. BOUTACHE, la Conférence a permis de réaliser une avancée remarquable.

Un exercice indispensable
C’est un IBK heureux de la Conférence qui a déclaré qu’il s’agissait d’un exercice indispensable qui a vu des Maliens échanger avec franchise, lucidité. Il a fait savoir que même s’il n’était pas dans la salle, il n’a pas raté une miette de ce qui s’y est passé. Il y a eu des sujets qui pouvaient susciter la polémique, mais que les discussions se sont passés dans la courtoisie et le respect. Jamais, a-t-il souligné, la Conférence n’a dévié de son objectif premier, la recherche de la paix et de la réconciliation nationale, l’analyse des causes profondes des crises successives.
Pour le chef de l’État, les appréhensions étaient légitimes, mais les Maliens ont démontré qu’ils peuvent donner le meilleur d’eux-mêmes dans les moments difficiles. Aucune nation ne se développe dans les dissensions, dans les ressentiments enfouis, a-t-il martelé.
Le Président IBK a rappelé qu’à l’ouverture des travaux de la Conférence, il a eu à déplorer certaines absences. Il était de son devoir de rappeler, en tant que président de la République, qu’aucune absence ne saurait se justifier à un événement d’une telle portée. Aujourd’hui, tout le monde est là, s’est-il réjoui. Sauvegarder la patrie, exige de tous de se transcender, a souligné IBK pour qui la Conférence a totalement réussie.
Le chef de l’État a apporté les réponses appropriées aux préoccupations de la Conférence en ce qui est de la justice, de la gouvernance, de la sécurité… Il a annoncé la mise en place, dans les meilleurs délais, d’un Comité d’experts de sages pour parler des questions de l’Azawad et du Centre. Les recommandations feront l’objet d’une large diffusion, mais il ne s’agira pas de rouvrir les débats, a-t-il fait savoir.
Enfin, le Président IBK a martelé que nul n’a le droit de prendre en otage le Mali, quelle que soit la revendication, d’autant plus que nous sommes en démocratie et qu’il existe des canaux d’expression. Accordons-nous la paix des cœurs. Personne n’a le droit d’empêcher les enfants d’accéder au savoir, a-t-il indiqué et d’ajouter que chaque fois qu’un Malien tombe son cœur saigne.

Par Bertin DAKOUO

 

Source: info-matin

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