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Au Mali, la dure bataille d’un retour à la paix

REVUE DE PRESSE. Deux ans après la signature de l’accord d’Alger, le pays d’IBK est plongé dans le chaos. Comment en sortir alors que l’insécurité gagne du terrain ?
Il y a deux ans, le 20 juin 2015, était ratifié l’accord pour la paix et la réconciliation au Mali, baptisé « Accord d’Alger ». À l’issue de longues tergiversations, la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA, l’ex-rébellion à dominante touarègue) validait alors le texte signé un mois plus tôt par la plateforme (groupes armés ralliés à Bamako), le gouvernement malien et la médiation internationale. Ainsi émergeait un cadre de sortie de crise et, avec lui, l’espoir d’enrayer la spirale de violence partie du nord-est du pays au printemps 2012.

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Accord d’Alger, an II

Deux ans plus tard, où en est la paix au Mali ? L’actualité en livre quelques indices, qui, hélas, n’invitent pas à l’optimisme. S’agissant de la situation sécuritaire d’abord, cinq soldats maliens sont morts et huit autres ont été blessés dans l’attaque d’un camp militaire à l’ouest de Tombouctou samedi 17 juin. Le lendemain, c’est un site de villégiature prisé des Occidentaux, en bordure de la capitale Bamako, qui a été la cible de djihadistes. Quatre civils et un militaire ont péri.

Autre actualité, plus politique, qui coïncide avec la date anniversaire de l’accord d’Alger : la remise au président malien Ibrahim Boubacar Keïta, ce 20 juin 2017, de la « charte pour la paix, l’unité et la réconciliation nationale ». Ce document est censé « aplanir les divergences apparues sur certaines questions lors des assises de la Conférence d’entente nationale » qui s’est tenue en mars et servir de « guide pour le retour de la paix et de la cohésion nationale », précise le site de la radio Studio Tamani. Or, à peine remis au chef de l’État, cet instrument de la réconciliation divise déjà. La CMA estime en effet que le document final ne prend pas en compte ses recommandations, et ne le reconnaît donc pas.

La paix « reste toujours un mirage » au Mali

À l’aune des événements de ces derniers jours, c’est donc un accord fragile qui se dessine en creux, quand le processus de paix, lui, semble piétiner. Pour Le Pays, le constat est sévère. « Vingt-quatre mois après la signature de l’accord d’Alger, la paix reste toujours un mirage voire une arlésienne au pays de Ibrahim Boubacar Kéïta (IBK) », affirme le quotidien burkinabé, selon qui « on a pas quitté la case départ ».

Le bilan est « peu élogieux » si on regarde « la mise en œuvre des dispositions du processus d’Alger », abonde son confrère guinéen Le Djely. « Deux ans après (la signature de l’Accord), on peine à mettre en œuvre les dispositions intérimaires. L’installation des autorités intérimaires, les patrouilles mixtes et la mise en place du Mécanisme opérationnel de coordination (MOC) ne le sont ainsi qu’à titre symbolique dans certaines régions du Mali du Nord. En ce qui concerne le cantonnement, préalable au processus de DDR (désarmer, démobiliser et réintégrer, NDLR) et à l’intégration éventuelle de certains combattants dans l’armée régulière et les services de sécurité, on en est encore à l’identification des sites. Le redéploiement des troupes loyales dans les régions du Nord, se heurtant à certains atermoiements et méfiances, patine pour sa part » récapitule Boubacar Sanso Barry.

Recrudescence de l’insécurité

Face à cette lenteur à instaurer le processus de paix, la situation politique et sécuritaire se dégrade et devient de plus en plus confuse. « De nouvelles donnes sont venues ajouter à la complexité d’une situation déjà peu reluisante, avec l’apparition de nouveaux groupes armés, d’une part, et les difficultés qu’éprouvent les troupes maliennes et internationales à maîtriser la situation et à contrôler les groupes terroristes dont elles sont devenues depuis un moment la cible de prédilection sur le terrain, d’autre part », observe Le Pays.

Outre les forces maliennes (Fama), la lutte contre les groupes islamistes radicaux implique des forces internationales. La mission de l’ONU pour la stabilisation au Mali (Minusma), créée en avril 2013, compte quelque 12 000 hommes sur le terrain, tandis que l’opération française Serval, devenue Barkhane en août 2014 et répartie sur divers pays sahéliens, engage, quant à elle, près de 4000 hommes. Selon l’ONU, la Minuslma est la mission de la paix la plus dangereuse u monde. Elle a enregistré 114 pertes depuis 2013. Les soldats déployés au Mali ont par ailleurs été confrontés à une recrudescence des violences en 2016 par rapport en 2015, selon la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH) et l’Association malienne des droits de l’homme (AMDH), qui enregistrent au moins 385 attaques l’année dernière dans le nord et le centre du Mali.

Les groupes armés prolifèrent…

Face à l’offensive des forces étrangères au nord du Mali, les groupes islamistes radicaux ont élargi leur champ d’action. Depuis 2015, les attaques se sont multipliées dans le centre du pays, notamment sous l’impulsion du Front de libération du Macina emmené par le prédicateur peul Amadoun Kouffa – rallié depuis à Ansar Dine, le groupe d’Iyad Ag Ghali. La région de Mopti est donc devenue un nouveau foyer d’insécurité. Cinquante-deux attaques y ont été recensées entre janvier 2015 et septembre 2016 par Malilink Investigative Reporting Group.

Toutes ne sont pas imputables à Hamadoun Kouffa ni aux seuls groupes armés issus de la mouvance djihadiste, souligne toutefois le journaliste et consultant malien Adam Thiam dans un rapport pour le Centre pour le dialogue humanitaire (HD) rédigé en mars 2017. « Derrière les attaques attribuées à Hamadoun Kouffa se dissimulent souvent des règlements de comptes locaux de conflits généralement anciens, qui trouvent des solutions violentes du fait du retrait des forces de sécurité maliennes et de l’opportunité qu’offrent les groupes djihadistes ou séparatistes (principalement le MNLA, le Mouvement national de Libération de l’Azawad) d’avoir accès à des armes », écrit-il. Ce sont, par exemple, ces conflits entre éleveurs et agriculteurs, dont la presse malienne se fait régulièrement l’écho, et qui tendent de plus en plus à se régler par les armes. Adam Thiam cite aussi l’exemple de groupes identitaires, à l’instar de celui d’Hama Founé qui appelait en 2014 les Peuls à combattre l’administration malienne, perçue comme injuste et corrompue, et décrite comme « force d’occupation ».

Cette criminalité accrue dans la région de Motpi s’est accompagnée d’une désertion des agents de l’État, qui favorise à son tour l’émergence et le contrôle de groupes armés. « Les enseignants ont fui, après les maires, les gendarmes, les percepteurs d’impôts, les agents des eaux et forêts », constate le site d’info Le Sahélien, dans un article consacré aux nombreuses fermetures d’écoles, décrétées « haram » (« interdites ») par les groupes djihadistes, dans le centre du Mali.

… et se recomposent

Ces violences qui tendent donc à se banaliser sur ce territoire débordent aussi des frontières du Mali, ciblant, par exemple, les forces de sécurité au Niger ou au Burkina Faso. Dans ces circonstances, de nouveaux groupes djihadistes apparaissent aussi, à l’instar d’Ansaroul Islam, au nord du territoire Burkinabé. D’autres se recomposent. Le 1er mars, des chefs d’Ansar Dine (son fondateur Iyad Ag Ghali mais aussi le chef de la katiba du centre du Mali Amadoun Kouffa), d’Aqmi (Al Qaïda au Maghreb islamique) et d’El Mourabitoune, fondé par l’Algérien Mokhtar Belmokhtar, ont annoncé leur fusion au sein d’une nouvelle entité : le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans. C’est d’ailleurs cette alliance, dirigée par Iyad Ag Ghali, qui a revendiqué l’attaque du camp de Kangaba près de Bamako, du 18 juin.

Le Djely en vient à se demander si la situation sécuritaire n’a pas empiré au Mali depuis la signature de l’accord d’Alger. À l’époque de la signature de cet accord de paix, « les terroristes, pas tout à fait remis des frappes reçues de l’opération Serval, restaient cantonnés dans l’extrême nord du pays, dans les massifs de l’Adrar des Ifoghas. Ils sont désormais présents sur l’ensemble du pays. Comme si l’accord était en fait un appel à la profusion, on a assisté depuis à un éclatement des principaux groupes en des sous-groupes plus ou moins autonomes. De même, certains leaders locaux jadis modérés se sont radicalisés au contact des mouvements qui avaient brièvement occupé la région septentrionale. […] La situation est telle que le Mali, devenu sanctuaire des terroristes, est désormais considéré comme une menace pour l’ensemble de la région sahélienne », estime Boubacar Sanso Barry.
Le G5 Sahel en renfort

Le pays peut-il retrouver « son climat paisible d’antan », selon les termes de l’éditorialiste du Djely ? Pour son confrère burkinabé d’Aujourd’hui au Faso, la clé d’un retour à la paix réside dans l’appui à la force conjointe du G5 Sahel (Mali, Mauritanie, Niger, Tchad et Burkina Faso). « Le général Dicko doit vite prendre du service », enjoint Ahmed Bambara, à propos de l’ancien chef d’état-major de l’armée malienne à qui échoit le commandement du G5 Sahel.

Ce mercredi 21 juin, le Conseil de sécurité de l’ONU a adopté le projet de résolution élaboré par la France, qui salue le déploiement de cette force de 5 000 soldats chargés d’une mission spéciale de contre-terrorisme et qui sera basée à Bamako.

À l’issue de quinze jours de négociations parfois tendues, notamment entre la France et les États-Unis, le G5 Sahel obtient donc un soutien politique de l’ONU, même s’il ne s’agit pas d’un mandat des Nations unies à proprement parler et que la question de son financement reste à discuter. Des points qui peuvent encore s’améliorer à moyen terme, avançait, optimiste, le journaliste d’Aujourd’hui au Faso, en amont du vote du Conseil de sécurité de l’ONU :

« À Kangaba [lieu de villégiature attaqué le dimanche 18 juin, NDLR], ce dont il faut se réjouir et dont on est fier, c’est la réaction des forces de sécurité maliennes et de Barkhane qui ont déboîté au quart de tour, évitant le spectacle apocalyptique du Radisson blu (Mali), de Grand-Bassam (Côte-d’Ivoire) ou du Cappuccino (Burkina Faso). Ce énième attentat survenu pas loin de Bamako peut faire dire qu’à quelque chose malheur est bon, car, ce 2 juillet, le sommet du G5-Sahel, consacré à la sécurité auquel participera Emmanuel Macron, devrait être une réunion où on devra acter concrètement les débuts d’action de la Force G5, quitte à l’affiner au fil du temps. Plus question de pinailler sur les détails ! Ça urge, et le Mali, le Burkina, le Niger, la Mauritanie et le Tchad doivent maintenant travailler le feu aux fesses. Il y a déjà cinquante millions d’euros de l’UE, chacun devra délier les cordons de la bourse et trouver le complément des cinq mille hommes supplémentaires. »

Faut-il discuter avec Iyad Ag Ghali ?

Rendre le G5 opérationnel est aussi pour Le Pays un préalable nécessaire, mais non suffisant. « Réduire la voilure des terroristes dans la région », selon le quotidien burkinabé, passe aussi « par la pacification du pays de Mouammar Kadhafi où un éventuel rapprochement entre le gouvernement d’union nationale soutenu par la communauté internationale et le général Haftar qui contrôle une bonne partie du territoire pourrait permettre d’avoir un meilleur contrôle de la situation. » Ce sera éventuellement la mission du nouvel envoyé spécial de l’ONU en Libye, le Libanais Ghassan Salamé.

Le titre de Ouagadougou revient par ailleurs sur une question qui fait débat de façon récurrente au Mali : faut-il parler avec Iyad Ag Ghali ? N’est-il pas un élément essentiel à l’avancée du processus de paix ? « Le chef du groupe Ansar Dine qui est l’un des groupes terroristes les plus actifs au Nord-Mali, n’avait pas manqué en son temps de fustiger cet accord (l’Accord d’Alger) dont il avait été tenu à l’écart, en faisant observer que sans lui, il n’y aurait pas de paix au Mali. Malheureusement, l’histoire semble aujourd’hui lui donner raison, en raison de l’activisme de ses hommes sur le terrain. »

Ouvrir la voie au dialogue avec Iyad Ag Ghali, c’était d’ailleurs l’une des recommandations de la Conférence d’entente nationale qui s’est tenue fin mars à Bamako. Mais cette option ne fait décidément pas l’unanimité. Et la France, en particulier, y est hostile. « Si l’on refuse [de discuter avec Iyad Ag Ghali)] cela suppose que l’on a les moyens de contrer l’ennemi ou de réduire sa capacité de nuisance », déduit Le Pays. Or, de nombreux pans du vaste territoire malien échappent au contrôle des forces de sécurité maliennes et étrangères. Signe que cette option devrait être davantage prise au sérieux. Pour le quotidien burkinabé, ce fils de Kidal, « donné pour être le protégé d’Alger s’avère aujourd’hui l’un des nœuds gordiens de cet accord qui piétine ».
Publié le 22/06/2017 à 19:36 | Le Point Afrique

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