Ali Farka Touré : « l’homme aux doigts magiques »

De son vrai nom Ali Ibrahim Touré, à la fois Paysan, chauffeur, chanteur et guitariste, Ali Farka Touré, est né le 31 octobre 1939 à Kanau (Mali).

 Il fut à un moment considéré comme l’un des principaux guitaristes de blues africain. Ali Farka Touré est originaire de Kanau, un village proche du fleuve Niger, à environ 65 km de Tombouctou. Il appartient à une famille noble de l’ethnie Arma, elle-même issue de l’ethnie Songhaï. Son père était un militaire, mort pendant la Seconde Guerre mondiale. Sa famille s’installe alors à Niafounké (situé 250 km au sud-ouest de Tombouctou). Là bas, Ali ne fréquente pas l’école, il passe ses journées à travailler aux champs, s’intéressant déjà à la musique, et plus particulièrement à certains instruments : le gurkel, petite guitare traditionnelle, le njarka, violon populaire, la flûte peul ou le luth ngoni à quatre cordes.

En 1956, il assiste au concert de Fodéba Keïta, musicien guinéen. Parallèlement à sa profession, il est chauffeur et reprend des airs traditionnels. Il rencontre l’écrivain Amadou Hampâté Bâ avec qui il parcourt le Mali à la découverte des musiques traditionnelles. En 1960, Ali Farka Touré fonde et dirige son premier groupe, La Troupe 117 avec laquelle il parcourt le Mali à travers les festivals. En 1968, il effectue son premier voyage hors d’Afrique pour se rendre au festival international des arts à Sofia (Bulgarie). Il entre en 1970 dans l’orchestre de Radio Mali tout en travaillant comme ingénieur du son dans la même radio. En 1973, l’orchestre est dissous par le gouvernement.

Farka Touré commence alors une carrière solo en donnant des concerts dans toute l’Afrique de l’Ouest. Son premier disque Farka sort en 1976. Dans les années 1980, il effectue plusieurs tournées internationales en Europe, au Japon et aux États-Unis.

En 1996, un album en songhaï, en peul et en tamasheq qu’il intitule Radio Mali est publié. Il réunit des titres sélectionnés parmi de nombreuses bandes enregistrées et diffusées à la radio nationale malienne en 1973-1978. En 1997, Ali Farka Touré annonce qu’il veut se consacrer à l’agriculture dans son village, Niafounké. Son investissement principal sera de faire installer des pompes à eau puisant dans le Niger pour l’irrigation des champs alentour. Son investissement pour le développement local fera qu’il sera élu maire de la ville de Niafounké sur une liste de l’Union pour la république et la démocratie. En corollaire, il sort l’album intitulé Niafounké, où il abordera à travers les chansons le travail de la terre, l’éducation, la justice et l’apartheid.

En 2005, Ali Farka Touré publie In the Heart of the Moon, avec Toumani Diabaté. Cet album obtient le 8 février 2006 le Grammy Award du meilleur album traditionnel de musique du monde, offrant ainsi à Ali un deuxième Grammy Award. En avril 2005, il crée une fondation portant son nom qui a pour but d’organiser un festival biannuel de jazz à Niafounké et créer un centre de formation de jeunes artistes en instruments traditionnels locaux.

Ali Farka Touré décède le 7 mars 2006, au matin, à Bamako) et après un parcours semé d’embuches et victoires. Il souffrait d’un cancer depuis plusieurs années et était paralysé depuis quelque temps. Il est inhumé à Niafounké.

Par ailleurs, quand ton lui demandait le sens de son nom « FARKA », Il expliquait lui-même l’origine du nom traditionnel « Farka », signifiant « âne », qui n’a rien de péjoratif car cet animal est admiré pour sa force et sa ténacité : « J’ai perdu neuf frères du même père et de la même mère. Le nom que je porte est Ali Ibrahim. Mais il est une tradition en Afrique de donner un surnom étrange à votre unique enfant si vous avez perdu tous les autres… laissez-moi vous dire clairement une chose, je suis l’âne sur lequel personne ne peut monter. »[

Il faut aussi noter que artiste aux multiples talents à participé de différentes manières à la construction et la valorisation du Mali surtout la culture du nord. Il a ouvert la porte à plusieurs jeunes maliens qui se sont inspiré de son talent guitariste pour mener à bien leur carrière entre autres Baba Sala, Tialé Arbi et bien d’autres. Il l’auteur de plusieurs œuvres musicales :

1976 : Farka, 1976 : Spécial « Biennale du Mali », 1978 : Biennale,1979 : Ali Touré Farka,1980 : Ali Touré dit Farka,1984 : Ali Farka Touré (Red),1988 : Ali Farka Touré (Green),1989 : Ali Farka Touré,1990 : African Blues (Shanachie 65002),1990 : The River – World Circuit,1993 : The Source – World Circuit avec Taj Mahal,1994 : Talking Timbuktu – World Circuit,1996 : Radio Mali – World Circuit,1999 : Niafounké – World Circuit,2002 : Mississippi to Mali avec Corey Harris,2004 : Red&Green – World Circuit (remasterisé),2005 : In the Heart of the Moon – World Circuit avec Toumani Diabaté et Ry Cooder,2006 : Savane
Ali Farka Touré est apparu dans de nombreux films-documentaires entre autres :

2000 : Ça coule de source d’Yves Billon et Henri Lecomte ; 2006 : A Visit to Ali Farka Touré de Marc Huraux.
Il a aussi composé en 1996 la musique originale du film documentaire Azalaï, la caravane de l’or blanc de Joël Calmette.

Récompense : Le 13 février 2011, Ali Farka Touré et Toumani Diabaté ont remporté, le Grammy du meilleur album de musique traditionnelle lors de la 53e cérémonie des Grammy Awards, à Los Angeles, aux États-Unis pour leur album ‘Ali and Toumani.

Rokya BERTHE