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Accord d’Alger – autorités intérimaires – statut de l’opposition – gouvernance Les vérités de Souleymane Koné

Les autorités intérimaires n’ont aucun sens. Et la conférence d’entente nationale ne débouchera sur rien du tout. Telles sont, entre autres, convictions du premier vice-président du parti Forces alternatives pour le renouveau et l’émergence (Fares), Souleymane Koné.  Aussi, il ne manche pas ses mots à propos du statut du chef de file de l’opposition. Un statut qui, de son entendement, devrait s’inscrire dans une réforme globale. Pourquoi les Fares ne sont pas dans ce cabinet de Soumaïla Cissé ? Où en est-on avec la création du pôle de Gauche ? Que dire de l’état de la nation ? Souleymane Koné répond. Interview.

souleymane kone fare

 L’Aube : Pourquoi les Fares ne sont pas dans le cabinet du chef de file de l’opposition ?

Souleymane Koné : On a un problème avec le statut même du chef file de l’opposition. Lorsque nous avions milité pour ce statut, dans le cadre de la commission Daba Diawara, il s’intégrait dans une réforme globale de l’Etat du Mali. Dans cette réforme globale, il y avait le statut du chef de file de l’opposition, mais aussi des dispositions pour mettre fin à la transhumance politique, mettre en place une agence unique des élections, et aller vers une révision constitutionnelle. Voilà un ensemble qui donne un sens au statut de l’opposition. Mais, lorsqu’on met en place un statut de l’opposition, avec un chef de file, et que le parti au pouvoir continu à débaucher des députés des partis de l’opposition, cela n’a aucun sens. On ne renforce pas la démocratie. Le statut du chef de file de l’opposition devient en ce moment un alibi.

Aussi, le secrétaire général du cabinet du chef de file doit être du parti de l’opposition qui vient immédiatement après celui du chef de file de l’opposition. Cela donne un sens au contenu pluriel de l’opposition. C’est le cas de la Mauritanie, par exemple. Mais au Mali, comme on fait tout par défaut et dans le sens de la manipulation, le pouvoir a pris un aspect spécifique de ce qui devait être une réforme globale de notre système politique. Il s’y ajoute que les membres de ce cabinet sont définis par un décret pris en conseil de ministres. Voilà pourquoi, par principe, les Fares ont décidé de ne pas être membres du cabinet du chef de file de l’opposition. Nous avons été approchés par le chef de file de l’opposition. Par deux fois, nous avons dit que nous ne sommes pas membre et que nous ne souhaitons pas occuper une place au sein de ce cabinet.

Pourquoi avoir attendu tout ce temps pour le faire savoir ? Les Maliens ne comprennent pas.

Ceux qui disent ça ne nous suivent pas. Lorsque la loi sur le statut de l’opposition a été votée, votre journal m’a interviewé sur la question. J’ai répété les arguments que je suis en train de vous dire en ce moment. Ceux qui s’interrogent n’ont peut-être pas la mémoire des évènements dans notre pays. Personnellement, à l’époque, je suis intervenu pour expliquer pourquoi et quelles étaient les limites du statut actuel de l’opposition, si elle ne s’intégrait pas dans le cadre d’une réforme globale du pays.

Figurez-vous que la première mouture de la loi sur ce statut, disait que l’opposition choisit en son sein, par consensus, un chef de file. Au cours d’’une réunion, les Fares étaient des partis de l’opposition qui ont clairement dit que cela n’est pas convenable. Et que le chef de file doit venir du parti qui a le plus grand nombre de députés à l’Assemblée nationale. Cette proposition venait des Fares. Si on voulait une complication, on aurait insisté sur la première mouture. Ce qui aurait permet à l’opposition de s’entre déchirée, au grand plaisir du pouvoir.

Est-ce qu’aujourd’hui, les Fares sont dans l’opposition républicaine et démocratique ?

La loi sur le statut de l’opposition ne créée pas l’opposition. C’est une tentative d’organiser l’opposition.  Du côté du gouvernement, c’est plus une tentative de manipuler l’opposition. L’opposition est une volonté des partis politiques qui ont décidé de ne pas soutenir la politique du gouvernement en place. Il est clair que pendant et après la campagne présidentielle 2013, les Fares ont toujours réclamé leur position au sein de l’opposition. Tout le monde savait au second tour qui allait gagner. Mais les Fares, malgré tout, ont décidé de soutenir la candidature de Soumaïla Cissé. On l’aurait pas fait, si on voulait participer à quoi que ce soit. Ce qui créé ce doute sur les Fares sont cela mêmes qui ont peut-être d’autres considérations dans leur tête. Il est clair, dans notre démarche et nos prises de position, que les Fares sont de l’opposition. Les Fares ne donnent aucune caution à la politique actuelle du gouvernement en place. Alors comment douter du positionnement des Fares dans l’opposition républicaine et démocratique.

Pourtant, nous constatons que les partis de l’opposition ne parlent pas le même langage sur les questions. Qu’est ce qui ne va pas exactement au sein de l’opposition malienne, aujourd’hui morcelée et divisée ?

Qu’on arrête de poser des faux problèmes de mesquinerie. Ce pays en a suffisamment déjà. On ne soutient pas le pouvoir IBK, c’est ça qui nous réunit dans l’opposition. Cela ne veut pas dire que nous sommes d’accord sur l’ensemble des grands problèmes du Mali. Et quel que soit le sujet, nous le discutons au sein de l’opposition. Si on a des points de divergence, chacun prend sa position. Je donne l’exemple de l’accord. Si vous avez vu les deux textes, c’est presque les mêmes. Nous avons la même démarche politique et intellectuelle sur l’accord d’Alger 2015. Mais après toutes les analyses, certains on dit nous nous prenons acte. Des partis, comme les Fares, ont estimé qu’ils ne peuvent pas faire toutes ses analyses et dire tout simplement que nous prenons acte. On s’est donc démarqué. Que certains voient en cela une mésentente au sein de l’opposition, libre à eux de le penser. Mais, au moins, cela reflète les points de vue politiques. Ça montre au moins que ce n’est pas des questions de personne, mais plutôt des positions politiques qu’on exprime. Nous on pense que l’accord n’est pas applicable. Ceux qui pensent que l’accord est une étape, ils le disent.

En France, par exemple, ce n’est pas parce que Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon sont dans l’opposition, qu’ils vont signer une déclaration commune. Pourquoi voulez-vous qu’il en soit autrement au Mali. Il faut être vigilant dans nos analyses sur notre pays. On est dans l’opposition, mais on n’a pas les mêmes objectifs politiques, pas les mêmes visions du  pays. Il y a des questions sur lesquelles on peut tomber d’accord sans polémique. Les partis de l’opposition sont unanimes qu’il y a l’insécurité dans notre pays et que le gouvernement est incapable d’assurer la sécurité des Maliens.

Prenez l’opposition comme un positionnement, et non un bloc monolithique. Nulle part au monde, vous ne trouverez ça. L’opposition aura toujours des couleurs : des libéraux, des sociaux-démocrates, des religieux… Il y aura toujours des nuances entre les gens. Si demain, nous devons nous regrouper pour combattre une politique du gouvernement qui nuit aux intérêts fondamentaux du pays, on le fera ensemble.

Les partis politiques membre du gouvernement ne disent rien, parce que tout simplement ils ont besoin de leur portefeuille. Mais ceux qui se taisent sont complices de ceux qui sont en train de détruire aujourd’hui le pays.

Quant est-il du pôle de la gauche dont le chantier était très avancé, il y a plus d’un an ?

Effectivement, nous allons créer un nouveau pôle politique de gauche démocratique et républicain. Inchallah d’ici la première quinzaine du mois de mars, ce pôle de gauche sera mis en place. N’en doutez pas. Les choses sont très avancées. Et très bientôt, il verra le jour.

La mise en place des autorités intérimaires pose de sérieux problèmes. Quelle analyse faites-vous de cette situation?

On ne peut parler des autorités intérimaires, sans parler de l’Accord d’Alger. Nous l’avons analysé, il y a très longtemps. Cet accord porte les germes de la partition du Mali. Aujourd’hui, ce qui se passe nous donne raison. Et avec beaucoup de gravité. Cet accord créé tellement de multiplication de structures qu’il ne peut pas être appliqué par le Mali. S’y ajoute son coût très élevé, en termes de ressources humaines. Si on arrivait à mettre en place l’architecture de cet accord, imaginez le personnel politique dans le pays. Les communes, les cercles, les régions, l’Assemblée nationale, le Sénat. Est-ce quelqu’un s’est assis un jour pour calculer le nombre de personnel politique et éventuellement le niveau de traitement que cela pourrait avoir sur le budget national, sur le développement en général ?

Confier des responsabilités, sur la simple base des élections,  à des gens qui n’en ont aucune idée. Quel impact cela peut avoir le développement local, national ? Le coût de cet accord, en termes de ressources humaines et financières, va appauvrir le Mali. Nous l’avons dit. Les effets pervers de cet accord nous amène dans le communautarisme, la gestion ethnique du pays, la gestion ethnique des terroirs, la gestion communautaire de tout ce qui est Malien. Qui dit gestion communautaire, dit l’exclusion ou la méfiance par rapport à l’autre.

On dit que cet accord doit réserver des quotas à des régions données, aux ressortissants du nord. Mais qui est ressortissant du Nord ? On le défini sur la base de quel critère. On dit il faut leur plus grande représentation dans les institutions. Comment vous allez le faire sans rompre l’équilibre national ? Voilà des questions que les gens croient faciles, mais qui, en réalité, divisent profondément la nation.

Voilà pourquoi nous disons que cet accord n’est pas bon. Mais le gouvernement malien et tous ceux qui veulent de cet accord n’ont jamais discuté de son contenu réel et de son impact sur le pays. Des gens, qui veulent diviser notre pays, font croire que cet accord égal paix. Et puisse que tous les Maliens veulent la paix, les gens sont enclin de croire qu’avec cet accord, ça va aller. Ça n’ira jamais. On l’a signé et aujourd’hui, on a des problèmes. On dira que le Mali n’a pas respecté ses engagements. De victime, le Mali devient accusé. Ça c’est le fait de ce gouvernement qui a été signé un accord de ce genre qui fragilise notre pays, notre nation.

Et les autorités intérimaires qui posent des problèmes aussi…

Les autorités intérimaires n’ont aucun sens. L’accord d’Alger n’exige la mise en place d’aucune autorité intérimaire. L’accord parle tout simplement de période intérimaire (de 18 à 24 mois). Et qu’en attendant, dans le cadre de la continuité de l’Etat, les structures qui sont en place devaient continuer à fonctionner. Mais au cas où celles-ci ne pouvaient pas être opérationnelles, on pouvait mettre en place une structure intérimaire. De l’exception, ils ont fait des autorités intérimaires, le principe de l’accord. Alors qu’à l’intérieur même de l’accord, c’est une exception. Ceux qui veulent diviser le pays, qui veulent avoir un bout de pouvoir, l’ont transformé, avec la complicité du gouvernement, en principe. L’accord ne dit pas qu’il faut obligatoire mettre en place des autorités intérimaires. Les gens n’ont qu’à lire l’accord, ils comprendront. Le problème lié aux autorités intérimaires est un faux problème qu’on a créé au Mali. La mise en place de ces autorités intérimaires rentre dans une stratégie de partition du Mali. Pas plus. Rien n’oblige le gouvernement à créer des autorités intérimaires, si ce n’est l’incapacité du gouvernement lui-même. Un gouvernement qui ne sait où aller. La preuve ? Depuis que ce gouvernement est là, combien de fois l’encrage institutionnel pour gérer l’accord a changé. Des structures qui se superposent. Le comité de suivi de l’Accord, qui est censé être au sommet aujourd’hui, la commission justice-vérité-réconciliation, le Haut représentant du chef de l’Etat, la fameuse Commission de la conférence d’entente nationale, le ministère de la réconciliation nationale… Il n’y a qu’une pléthore de structures qui arrivent et qui n’ont en commun que la dilapidation des ressources publiques. Ils n’ont en commun que leur inefficacité. En vérité, l’accord n’est pas la solution, il est le problème du Mali.

Que pensez-vous de l’Etat de la nation au triple plan sécuritaire, social et économique ?

Du 18 janvier 2017 à aujourd’hui, nous avons eu plus de morts dans ce pays que toute l’année 2016. Cela est caractéristique de l’état de la nation. Au plan sécuritaire, nous sommes dans l’impasse totale. Le gouvernement n’a même plus de programme de sécurité a proposé aux Maliens, encore moins à la sous-région. Le vrai problème du Mali aujourd’hui, c’est la sécurité. S’y ajoute la crise sociale. Connaissez-vous aujourd’hui un secteur qui n’a pas un préavis de grève ? Et face à ça, même les simples institutions rentrent dans un jeu totalement débridé. Quand on accuse un responsable d’une institution, mais de quel droit les autres institutions à s’exprimer sur la question, à plus forte raison d’intenter une action en justice. Je dis cela, parce que cette situation dénote la corruption intérieure de nos institutions qui en apparence gardent leur forme républicaine. Si on n’y prend garde, toutes les institutions seront totalement corrompues de l’intérieur par leurs propres pratiques. Si non soutien x parce qu’il est le beau parent de y, on détruit l’esprit de toutes les institutions.

J’écrivais dans une de mes chroniques que nous n’avons plus d’institution au Mali. Que nous n’avons que des hommes qui sont liés au clan familial et qui disent incarner les institutions. C’est la famille qui gère les institutions qui ne sont là que de nom. Il urge de sortir de ça.

Je ne suis pas économiste, mais je pense que c’est une insulte de dire que l’économie marche. En un mot, l’état de la nation est déplorable. Il est temps que les Maliens se ressaisissent, qu’ils comprennent qu’il n’y a pas de solution individuelle à cette crise. Celui qui croit gagner aujourd’hui, pourrait dépenser demain pour se protéger de lui-même, de son argent et contre les autres. Ce schéma, on l’a vu ailleurs. Qu’on ne pense pas que le Mali est un îlot à part. Ce qui nous arrive aujourd’hui, personne ne l’avait imaginé dans ses pires cauchemars.

Il n’y a pas de solution individuelle. Il nous faut, dans le cadre d’une concertation nationale, une refondation souveraine de la nation. Conférence d’entente nationale, conférence de ceci ou cela ne règlera aucun problème du Mali. C’est un machin où les gens vont avoir des perdiems et retourner chez eux. Ils ne règleront aucun problème du Mali.

Cette conférence d’entente nationale ne débouchera sur rien du tout. Parce qu’elle n’a l’adhésion d’aucun Malien. Les Maliens pensent qu’ils ne peuvent pas venir s’assoir et discuter de la problématique de l’Azawad. Ce n’est pas une priorité. L’Azawad est une création politique.  Pourquoi ce débat doit être imposé aux Maliens ?

Ce gouvernement est toujours dans les futilités.

Réalisée par I BD

Source: L’Aube

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