Abou Zeid mort ou vivant

Abou Zeid, le redoutable émir d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), est certainement un des hommes qui est mort le plus souvent ces dernières années. La rumeur de son décès a couru des dizaines de fois, de Bamako à Paris, en passant par Alger, avec une régularité de métronome. Avant qu’un témoin oculaire direct ou une agence de renseignement occidentale ne vienne doucher les espoirs de tous ceux (nombreux) qui rêvaient de le voir disparaître pour de bon du paysage sahélien. Abou Zeid

C’est peut-être ce qui explique l’extrême prudence des autorités françaises dans cette affaire. Mais, cette fois, l’information est jugée nettement plus sérieuse, « très crédible » d’après un haut responsable américain, absolument véridique selon le président tchadien, Idriss Déby, qui attribue ce succès à ses troupes déployées autour de Kidal au Mali. Même si elle n’était toujours pas officiellement confirmée hier soir, ni à l’Elysée ni au ministère de la Défense.

Pourquoi un tel mystère? S’agit-il de protéger d’une façon ou d’une autre les sept otages français détenus par la katiba du chef terroriste? Paris joue la discrétion. « Depuis quelques jours nous menons une série de raids dans le massif des Ifoghas, au nord du Mali, le sanctuaire d’Aqmi, explique une source militaire. Au cours d’une opération, un convoi de jihadistes a été durement frappé. Plusieurs dizaines de combattants sont morts. Abou Zeid était-il parmi eux? C’est tout à fait plausible. Mais nous attendons des preuves irréfutables pour communiquer sur le sujet. » Lesquelles? La presse algérienne évoque des prélèvements ADN effectués sur le corps du chef terroriste comparés (avec succès, semble-t-il) à ceux de plusieurs membres de sa famille vivant actuellement en Algérie. Mais à Paris, on refusait une nouvelle fois de commenter cette information.

Entre 100 et 150 jihadistes tués ces derniers jours

Ce qui est sûr, en revanche, c’est que les forces spéciales françaises épaulées par des unités régulières, des avions et des hélicoptères de combat et un millier de soldats tchadiens ont lancé, il y a quelques jours, une opération de grande envergure dans cette région montagneuse du Mali (les Ifoghas) où sont cachés les principaux chefs terroristes et leurs troupes les plus aguerries (voir notre édition du 28 février).

La bataille, toujours en cours, se concentre autour des localités de Tessalit et d’Aguelhok, dans l’Adrar de Tigharghar, le sanctuaire d’Aqmi. Les combats sont acharnés. Des tireurs d’élite opèrent côté jihadiste et ils sont difficiles à déloger. Des mitrailleuses et des positions de tir ont été dissimulées par les insurgés dans ce relief accidenté composé de grottes, de souterrains, de pics à plus de 900 m d’altitude. Et les islamistes préfèrent mourir les armes à la main ou se « faire exploser » plutôt que d’être capturés. « Ils ne fuient pas du tout le combat, ils le cherchent au contraire et refusent de reculer d’un pouce, explique-t-on au ministère de la Défense. Nous sommes entrés chez eux, dans leur repaire le plus secret. Et les affrontements sont d’une violence inouïe. »

Selon nos informations, entre 100 et 150 combattants islamistes auraient été tués ces derniers jours. Des clés USB, des GPS, des ordinateurs récupérés sur le terrain sont en cours d’analyse par les services secrets. L’objectif de Paris est clair : détruire les infrastructures terroristes et éliminer un maximum de combattants en engageant tous les moyens disponibles dans cette opération. Avec le concours du dispositif de surveillance américain. Une phase cruciale de cette guerre du désert.

VIDEO. Portrait d’Abou Zeid, l’émir sanguinaire d’Aqmi ( (novembre 2010)

VIDEO. Juin 2012 : Abou Zeid parade dans la ville sainte de Tombouctou